[Article] COVID de sens

Formée en sciences humaines et sociales, je suis aussi soignante depuis plus de 10 ans à l’hôpital public. Je suis, comme beaucoup de monde, révoltée par la situation actuelle et je trouve que, malgré le flux incessant « d’informations » liées au coronavirus, de nombreux points clefs sont évincés. Je vais donc rédiger ce texte sous forme de questions, en espérant qu’il  puisse contribuer à amener de nouvelles réflexions, libérer la parole et les échanges.

Je pense en effet qu’il est important que tout le monde soit informé et participe aux réflexions actuelles car elles nous concernent tous. Cette catastrophe sanitaire ne peut reposer uniquement sur des soignants qu’on applaudit et ne peut pas non plus être déléguée à des « têtes pensantes » autoproclamées ou élues.

Nous manquons de masques, de matériel et de moyens humains, nous le savons.

Quid du nombre d’infirmiers formés en réanimation ? Ils ne sont qu’une petite portion de l’ensemble des soignants, déjà en sous-effectif.

A l’hôpital, on nous dit qu’il faut désormais appliquer « une médecine de guerre » et que, malgré le manque de protection (manque de gants, de masques, de blouses, d’effectif dans les services de soins mais aussi de nettoyage, etc.), nous allons « devoir soigner ».  Soigner dans ces conditions, est-ce un devoir ?

Se pose aussi la question de la continuité des soins aux autres patients, ceux qui viennent pour d’autres urgences et ceux qui ont des affections de longues durées.  Comment peut-on actuellement assurer cette continuité ?

Cet engorgement des soins aurait pu être évité si des mesures au niveau gouvernemental puis hospitalier, avaient été prises dans les temps. Chacun pourra juger de l’amateurisme et de l’irresponsabilité de la gestion pandémique. Tout a été fait mondialement pour tenter de maintenir un semblant d’économie au détriment de la santé des gens, alors qu’en plus, c’est impossible. Ce qui montre bien que ce système malade est voué à s’effondrer. Malheureusement, il est peu probable que nous sortions indemnes de cet effondrement et un « état d’urgence » revenant sur nos acquis sociaux nous attend déjà. Va t-on encore accepter de se sacrifier?

Aujourd’hui, le grand débat sur la chloroquine a lieu, opposant notamment un « comité scientifique gouvernemental » qui nous a allègrement confirmé qu’il n’était pas risqué d’aller voter, à un professeur qui semble entrainer un nouveau culte de la personnalité. Débat montrant à quel point santé et politique sont liées (si nous en doutions encore) ; Malheureusement, ceci ne nous montre t-il pas aussi à quel point la glorification de l’héroïsme prime sur une gestion efficiente de notre santé ?

En attendant, les rétentions d’informations foisonnent, comme s’il y avait : le corps médical responsable et sachant d’un côté et la population de l’autre, irresponsable, et qu’il faudrait donc maintenir dans un état d’ignorance et de désinformation sur sa propre santé. Depuis les décisions de Veil et de Joannet dans les années 70 concernant le numerus clausus pour maintenir leurs privilèges, les médecins se font rares et donc précieux, ceci n’entrainerait-il pas un état de dépendance délétère de la population au corps médical ? 

Le corps médical est en concurrence directe avec les directions des hôpitaux qui elles, sans aucun savoir en santé, se sont octroyées le « management » (lean of course) de tout ce petit monde. Ce qui donne, en temps d’épidémie des ordres et des contre-ordres car chacun, direction d’un côté, quelques médecins de l’autre (et ajoutons un certain milieu scientifique), voudrait s’octroyer le mérite de la gestion épidémique. Résultat : une cacophonie de pseudo-dirigeants pour qui, donner des ordres et avoir l’autorité et la notoriété devient plus important que de s’organiser pour pouvoir soigner.

Les soignants et ceux qui travaillent dans les hôpitaux, au milieu de cette absurdité, sont souvent perdus et se raccrochent à leurs valeurs, ce qui est parfois à double tranchant. Car cette question, en l’absence d’un nombre suffisant de tests de dépistages n’est pas posée : Comment mesure t-on le degré bénéfice/risque entre soigner et risquer de contaminer ?

Les médecins ont été réquisitionnés au départ, pour faire des prélèvements oro-pharyngés, dans un effet d’annonce de stade 2 qui était en réalité  déjà un stade 3. Les médecins avaient peur car peu d’entre eux savent faire des soins techniques. Ils avaient peur aussi d’être contaminés. Certains ont décidé de se réunir pour faire « des réunions de crise », sans les soignants. Après ces réunions de crise, d’autres ont été imposées (alors que la consigne était désormais d’arrêter de se réunir) pour donner les directives qu’ils avaient réfléchi entre eux.

Est-il normal de nous dire qu’il n’est pas utile de porter un masque pour se protéger ? De maintenir à l’hôpital des activités de type consultations téléphoniques ? De continuer à voir, que les soignants soient symptomatiques ou non, des patients fragiles pour des consultations non urgentes ?

Rappelons le, les médecins ne soignent pas au sens propre, ils diagnostiquent et prescrivent, ils ne sont pas les supérieurs des autres professionnels. Ils sont sensés travailler en collaboration avec les équipes dans lesquelles chacun à un rôle (discutable, certes.) Cependant, le corps médical est devenu décideur dans notre société bien au delà du domaine de la santé, est-ce normal ? La société ne devrait-elle pas être décideuse de la manière dont elle est soignée et des moyens mis en œuvre pour ces soins ?

À l’heure actuelle, on demande aux assistantes sociales de rester à l’hôpital non pas pour des questions d’urgences sociales (qu’elles gèrent de toute façon comme elles peuvent depuis bien longtemps) mais pour vérifier que les hospitalisations actuelles seront bien payées ! Sans parler du sors des migrants, des précaires, des sdf,…

Quand un agent administratif est symptomatique, il est considéré comme « non soignant », donc on ne lui fait pas de test.

Tout cela est-il cohérent ?

Aujourd’hui, certains voudraient nous faire croire que cette panique des « soins » est normale car c’est « une crise imprévue ». Pourquoi n’avons-nous pas été préparés correctement à une gestion épidémique/pandémique ?

Cette gestion, elle est impossible à mener de manière satisfaisante au dernier moment, dans la panique et sans les moyens humains et matériels nécessaires après la casse de l’hôpital public et avec les soignants restants, épuisés par des mois de grève, de mobilisation et d’affaiblissement salarial. Cependant, comment pourrions-nous, dans l’état actuel des évènements,  amener une réflexion et une gestion collective en plus de la stratégie de confinement ? Stratégie de confinement nécessaire uniquement parce que la prévention n’est pas faite comme il se doit, par « manque de moyens ».

Nous subissons une culpabilisation et des prérogatives contradictoires. Ceux qui ne sont pas des héros mais juste forcés d’aller travailler ont peur. Ils savent qu’ils ne peuvent pas évoquer certains points en équipe, poser des questions légitimes.

Ils sont bien souvent obligés de se rendre en transports en commun sur leur lieu de travail. Encore une fois, on privilégie un maintien précaire de l’économie alors qu’on assiste, impuissant, à une montée en flèche des contagions. Plus de la moitié des gens en réanimation a moins de 60 ans (sans parler des autres, plus fragiles encore). Et nous n’avons pas atteint le pic des infections.

Peut-on vraiment être un héros qui risque de transmettre le virus à ses patients ? Et qui ne glorifie pas l’héroïsme, la guerre, le sacrifice ?

Dans les médias, c’est au corps médical, scientifique, judiciaire et gouvernemental qu’on donne la parole, à une certaine élite, pendant que les soignants sont dans le marasme ainsi que le reste de la population.

On nous annonce aujourd’hui une durée de confinement non déterminée mais arbitraire, qu’en sera t-il après le confinement ? Le principe de l’immunité de groupe va t-il devoir s’appliquer encore à notre détriment ?

Ne voyons-nous pas que tout ceci est plus un problème de manque de moyens réservé à notre santé qu’un problème de virus ?

Aujourd’hui, des services de communication des hôpitaux continuent eux aussi à fonctionner et en pleine crise, nous demandent de leur faire passer toutes les informations sur les initiatives de solidarité (dons à l’hôpital entre autre) et « systèmes D »  pour valoriser tout ça, Est-ce honnête ? Indispensable ? Ne pourrait-on pas considérer que nous contribuons déjà au fonctionnement de l’hôpital public ? Que cette situation n’est pas normale plutôt que de la valoriser ?

Jouer les héros, être dans le déni ne nous sauvera pas. Ne serait-il pas nécessaire de nous concerter sur des questions qui amèneraient plus de sens malgré ce qu’on nous fait vivre ? Ensuite il faudra nous battre contre les mesures prises sous l’état d’urgence qui va revenir sur tous nos acquis sociaux. Et nous battre aussi pour regagner de l’autonomie quant à la gestion de notre santé, une des clefs de voute de nos vies et de nos luttes. Alors rendez-vous en manifestation, dès que nous pourrons…

Clara

[Trouvé ailleurs] LE MONOLOGUE DU BON VOISIN EN TEMPS DE CONFINEMENT

L’intégralité de ce texte est à retrouver ici : https://lundi.am/Le-monologue-du-bon-voisin-en-temps-de-confinement

LE 10 JUILLET 2020

La voisine passe encore dans la rue. C’est quand même incroyable. Ces gens qui se croient tout permis, égoïstes qui nous font prendre des risques. Ça m’exaspère. Pourquoi elle ne reste pas chez elle comme tout le monde ? Avec ces prétextes de vouloir se dégourdir les jambes, de prendre l’air, mais pour qui se prend-t-elle ? Pourtant je l’aimais bien Mme Vernon, quelqu’un de bien, rangée, qui préparait le repas deux fois par jours et qui n’a jamais fait d’histoires dans le quartier. Mais c’en est trop. Si elle repasse encore, je vais devoir signaler son comportement douteux en appelant le commissariat. On ne peut plus tolérer ces gens qui nous font prendre des risques, ces inconscients, irresponsables. Les gens ne comprennent pas ce que ça veut dire. Et dire que mon Hervé se décarcasse à aller chercher le courrier avec sa grosse pince-crocodile pour ne pas le toucher. Puis je le vois batailler avec la pince et un ciseau pour sortir le pli de son enveloppe, sans le déchirer. Pourquoi déployer tant d’efforts pour bloquer le virus en limitant les contacts, mêmes indirects, comme avec la factrice, si c’est pour que d’autres se baladent tranquillement, profitent du paysage et d’un petit moment d’activité physique dans la belle campagne. C’est que les gens ne savent pas qu’ils sont porteurs et ils l’amènent dans leurs déplacements.

Quelques temps auparavant, l’idée de mettre en place un système de points circulait. Pour les bons citoyens responsables, qui prennent au sérieux la menace qui pèse sur nous, qui ont peur et qui ont adapté leur vie en conséquence, des points bonus qui nous permettent de temps à autre, en fonction des quotas, d’aller faire une sortie un peu plus loin. Les autres, les profiteurs de plein air, ceux qui ne savent pas respecter les règles bonnes pour tous, ceux qui ne peuvent pas attendre deux semaines pour sortir de chez eux, auraient eu des points malus. Je suis sûr que ce système aurait parfaitement fonctionné, en récompensant et en pénalisant. D’ailleurs lors des expérimentations dans quelques villes, il y avait déjà eu tant d’appels au service dédié pour signaler les voisins qui profitaient de la situation pour sortir. Mais enfin cette régulation n’a finalement pas été adoptée, pour le moment.

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[Trouvé ailleurs] GARE AUX CONSÉQUENCES POLITIQUES DU CONFINEMENT

L’intégralité du texte est lisible sur le site Lundi.am à cette adresse : https://lundi.am/Gare-aux-consequences-politiques-du-confinement

Cette situation de confinement interroge profondément les ressorts du politique. Il y a quelques jours je suis sortie faire un footing avec mon compagnon : pas sur les berges du fleuve, que le préfet zélé a interdit d’accès, mais dans les lotissements autour de chez nous. Personne, ou si peu, dans les rues. Un homme (la soixantaine ?) sort relever le courrier dans la boîte aux lettres de son pavillon : il extrait une lettre à l’aide d’une pince crocodile. Il rentre chez lui en nous lançant un regard furtif, tenant toujours l’objet supposément contaminé bien à distance. Plus loin un automobiliste nous fait signe. De la main il réprouve notre sortie. L’activité physique est pourtant permise autour de chez soi, nous sommes certes deux, mais enfin nous vivons ensemble, cela ne change pas grand-chose. Ce simple geste me déstabilise. J’ai envie de rentrer. Ce n’est pourtant rien si l’on pense au filtrage musclé organisé par les forces de l’ordre qu’ont dû essuyer mes colocataires pour accéder au marché samedi matin ; l’un d’entre eux est d’ailleurs rentré bredouille, lui qui n’avait pas son laisser-passer. Depuis le gouvernement a durci les consignes de confinement : plus de pratiques sportives hors de chez soi.

L’attitude de ces deux hommes, croisés au fil d’un jogging, me semble révélatrice d’une même série de mécanismes politiques.

IMAGINAIRE ET GOUVERNEMENT

L’imaginaire oriente la conduite de ces deux voisins. Le soixantenaire à la pince croit en la présence toute proche du virus parce qu’il a peur pour lui-même et pour ses proches. La crainte fait naître en lui des images qui ne sont rien d’autre que sa réalité. La peur est dotée d’une véritable puissance phantasmagorique. L’automobiliste moralisateur fait quant à lui exister la loi en y croyant. Pour nous qui faisions le tour du pâté de maison, l’interdiction de sortir à plusieurs n’était qu’un conseil, une demande officielle que nous trouvions injustifiée dans la mesure où nous vivons ensemble. Que je sorte seule ou que nous sortions à deux, le résultat nous semblait identique : le risque de contamination des autres n’était pas augmenté, pas plus que celui de ramener le virus à la maison. Pour l’automobiliste grincheux en revanche, les demandes du gouvernement sont devenues des impératifs impossibles à transgresser, mâtinés de moralité. Dans les deux cas l’imagination fait exister l’impalpable : la loi n’existe que parce que nous lui accordons du crédit, le virus est présent même là où il n’est pas parce que nous y pensons. L’imaginaire nous gouverne ; et gouverner, c’est créer des imaginaires.

En effet, comment se forgent ces images ? Les discours scientifiques n’ont pas suffi, l’exemple de la Chine non plus, pas même encore celui de l’Italie. Nous avons tardé à y croire, à prendre la menace au sérieux. Il a fallu des décisions institutionnelles pour forger les esprits : l’annonce de la fermeture des établissements scolaires, la fermeture des magasins dits « non essentiels », le confinement, le confinement renforcé. La possibilité d’autres annonces à venir consolide encore les configurations mentales. Ces décisions institutionnelles – et leurs annonces théâtralisées – sont des détonateurs : elles déclenchent des prises de conscience, elles font tourner à plein les imaginaires, et ce parce qu’elles engendrent des problèmes. Comment continuer à gagner ma vie ? ……. La suite ICI 

[Communiqué FA] Sanitaire ou pas, non à l’état d’urgence !

Sanitaire ou pas, non à l’état d’urgence !

19 mars 2020

Comme toujours, c’est en période de crise, de guerre, de violence ou de pandémie que se révèle le fondement autoritaire des États. Et celui dirigé par Emmanuel Macron ne fait pas exception.

C’est au moment où la population est sous pression et tente de respecter au mieux les demandes des épidémiologistes pour freiner la progression du coronavirus que le gouvernement français décide de soumettre le pays à un nouvel « état d’urgence ». L’objectif est limpide et avoué : donner plus de pouvoir à l’Exécutif !

Alors qu’il est incapable de venir en aide aux sans-logis, alors qu’il maltraite les personnes enfermées dans les prisons et les CRA (1), alors qu’il refuse de donner des moyens pour la santé il faudrait octroyer plus de pouvoir à l’État français ? Au fond ce besoin d’autorité n’a-t-il pas pour but de nous imposer de ne pas combattre la machine capitaliste ? Travaille, consomme, confine ? Lire la suite

[Communiqué FA] L’entraide n’est pas un vain mot

17 mars 2020

Les annonces de confinement faites hier soir par le président français sont utiles, et nous ne le nierons pas. Au contraire, nous, organisés au sein de la Fédération Anarchiste, savons qu’une des valeurs les plus importantes est l’entraide. L’entraide qui signifie aussi de prendre soin des plus affaiblis et fragiles de notre société. Il n’y a pas de réelle liberté sans prise en compte des autres.

Nous ne pouvons que rejeter l’idée que seules la police et l’armée seraient aujourd’hui la solution au respect des consignes face à cette pandémie. Si, depuis des semaines, le gouvernement français n’avait pas minimisé les choses, n’avait pas refusé de prendre en compte l’alerte des soignantes, soignants et des scientifiques, nous aurions pu avoir une prise de conscience collective forte dès le début de l’épidémie. La plus belle pantalonnade étant le maintien des élections. Mais comme toujours le business est passé avant l’humain dans la tête de l’État, préoccupé avant tout par la protection des possédants.

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