Solidarité internationale avec Alexander Kolchenko

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Consulat d’Ukraine à Lyon

Dans le cadre de la semaine d’action de protestation et de solidarité avec l’anarchiste criméen Alexander Kolchenko à l’appel de l’Anarchist Black Cross Moscou, deux rassemblements et une diffusion de tracts ont eu lieu ce samedi 11 avril 2015 à Lyon mais aussi à Paris, Marseille, Strasbourg, Nice et Grenoble.

Alexandre Koltchenko a 24 ans et il vit en Crimée. Il est étudiant et travaillait en même temps à la Poste. Il milite avec les anarchistes depuis 5 ans. Son action porte sur l’écologie, le syndicalisme étudiant et la lutte anti autoritaire. Alexandre a participé à l’insurrection populaire contre le gouvernement corrompu et autoritaire de Yanoukovitch en 2014. Il fut arrété le16 mai 2014 à Simféropol en Crimée par le FSB (ex-KGB) sous l’accusation d’avoir commis des attentats dans des trains et d’appartenir à «Pravy sektor» (« secteur droit »), une organisation d’extrême-droite, alors qu’Alexander, depuis des années, a fait preuve de ses opinions antifascistes. Il fut ensuite transféré à Moscou pour être incarcéré au Centre de Détention Provisoire de Moscou à Lefortovo. La date du 11 avril n’a pas été choisit au hasard car d’ici quelques jours son délai de détention provisoire prendra fin. Dans la première moitié d’Avril la cour fédérale de Moscou à Lefortovo décidera à nouveau si il doit attendre le jugement en prison ou si il aura le droit de sortir avec une interdiction de quitter le territoire ou encore une assignation à résidence…

consulat russie 2

Consulat de Russie à Lyon

A l’initiative de la C.L.A.F. Lyon (1), une vingtaine de personnes se sont réunit devant le consulat de la fédération de Russie dans le 6ème arrondissement derrière deux banderoles (« Libérez Kolchenko » et « Solidarité internationale »), le groupe s’est ensuite dirigé vers le consulat d’Ukraine dans le 2ème arrondissement où la aussi les banderoles furent déployées. Pour terminer cette après midi de solidarité, le groupe s’est dirigé place Bellecour pour distribuer 200 tracts, banderoles déployées, du texte ci dessous de l’Anarchist Black Cross Moscou.

Graine d’anar, Fédération Anarchiste Lyon

(1) C.L.A.F. de Lyon: Campagne Libertaire Anti-Fasciste qui réunit le groupe « Graine d’anar » de la Fédération Anarchiste, Alternative Libertaire, la Confédération Nationale du Travail et la Coordination des Groupes Anarchistes. place bellecour Texte de l’Anarchist Black Cross Moscou distribué :

Journée internationale de soutien à Alexander Koltchenko

Alexandre Koltchenko est un anarchiste Criméen, activiste social et antifasciste qui est tenu en captivité par les autorités russes. Avec d’autres militants de Crimée, il a été enlevé par le FSB (ex-KGB) et est maintenant détenu comme otage politique à la prison Lefortovo à Moscou. Il est accusé d’avoir commis des « actes de terrorisme » et d’« appartenance à une communauté terroriste ».

Pourquoi Alexander Koltchenko est en prison ? Alexander, qui a indéniablement prouvé sa position antifasciste pendant de nombreuses années, est confronté à des accusations absurdes d’appartenance à « Secteur droit », une organisation d’extrême-droite ukrainienne radicale, dont le rôle réel des événements ukrainiens est gonflé de manière disproportionnée par la propagande officielle russe. Dans la Russie moderne tout militant – de gauche, anarchiste ou libéral – peut être calomnié comme membre ou sympathisant de « Secteur droit ». Cette situation est comparable à la chasse aux « trotskystes » inexistants sous Staline, ou la chasse aux sorcières de McCarthy pour les communistes. Le régime autoritaire et nationaliste de Poutine, qui se sert de tout dans sa propagande, des préjugés religieux et théories du complot au racisme pur et simple, vole sans vergogne la rhétorique « antifasciste ». Et pourtant, toute personne qui est considéré comme gênante est appelée un « fasciste », même se il / elle se trouve du côté opposé du spectre politique. L’affaire contre l’antifasciste Alexander Koltchenko et l’activiste civil et réalisateur Oleg Sentsov (les enquêteurs l’ont inscrits dans le même groupe « terroriste ») est politique. Elle est destinée à intimider les habitants de la Crimée et à prévenir toute résistance sur la péninsule. Les plus autoritaire des méthodes sont maintenant utilisées dans la Crimée annexée pour réprimer tous les mécontentements. Beaucoup de gens ont été obligés de quitter la Crimée parce que leurs vies et leurs libertés étaient menacées : avocats, militants de gauche, étudiants et militants syndicaux, anarchistes, antifascistes et militants Tatars de Crimée qui qui ont été victimes de discrimination ethniques.

A quelles menaces Alexander Koltchenko fait-il face ? Une peine de prison terrible allant jusqu’à 20 ans menace Alexander Koltchenko pour une « attaque terroriste » inexistante dans laquelle il n’était pas impliqué. Koltchenko et d’autres prisonniers politiques ukrainiens sont détenus dans le seul but de démoraliser l’opposition par des semblants de procès. Leur liberté est directement liée à la stabilité du régime de Poutine : si nous pouvons ébranler la confiance de Poutine dans son impunité, les prisonniers seront libérés. Il n’y a pas espoir que Koltchenko, Sentsov et d’autres soient jugés par la loi. Leur arrestation était illégale, les accusations portées contre eux sont farfelues. Ce ne est pas une erreur, le régime sait ce qu’il fait.

Comment pouvez-vous aider Alexander Koltchenko ? Nous demandons de l’aide des forces internationales de gauche et libertaires. Vous pouvez organiser et mener des actions de protestation et de solidarité, écrire des lettres à Koltchenko, envoyer des dons pour les avocats et les colis alimentaires, aider sa famille. Il est également important de diffuser des informations sur son cas. Plus que tout, nous devons nous dissocier de toutes les forces qui soutiennent l’expansion agressive du nationalisme russe, même s’ils le font sous couvert d’une rhétorique « gauchiste » et « anti-impérialiste ». Le régime de Poutine s’en sort tout aussi bien sans votre sympathie, mieux vaut la garder pour ceux qui sont devenus ses victimes.

Anarchist Black Cross Moscou https://www.facebook.com/abcmoscow http://avtonom.org/ freekolchenko@gmail.com

Pétition : http://alexandrekoltchenko.wesign.it/fr

Interview d’Alexandre Kolchenko – Maksym Butkevych

L’histoire de cette interview est différent de la façon dont les interviews sont habituellement enregistrées. La personne qui répond aux questions est dans un lieu pas très accessible pour les journalistes – le Centre de Détention Provisoire de Moscou à Lefortovo qui est toujours connu comme RF FSB SIZO (RF FSB SIZO – Centre de Détention Provisoire du Service Fédéral de Sécurité de la Fédération de Russie – trad.).

Lefortovo est la prison qui combine des régimes de détention spéciaux et des mesures de sécurité spéciales. Le criméen Aleksandr Kolchenko , l’un des prisonniers de Lefortovo, célèbre son anniversaire fin Novembre. Le militant anti-fasciste et social n’avait probablement jamais imaginé passer cette journée dans un tel endroit. Cependant, l’occupation de la Crimée a changé sa vie: le 16 mai, Sasha, connu par les amis sous le surnom de « Tundra », a été arrêté à Simferopol par le Service Fédéral de Sécurité (FSB) de la Fédération de Russie, accusé de participation à des sabotages et au groupe terroriste du Secteur droit et bientôt transféré à Moscou.

Malgré l’absurdité des accusations, les nombreuses violations durant le processus d’enquête et les tentatives constantes d’imposer la citoyenneté russe à l’antifasciste Ukrainien, Aleksandr Kolchenko, de même que le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov (tous deux étaient des participants actifs aux protestations contre l’annexion de la Crimée par la Russie ) n’ont pas coopéré à l’enquête et sont toujours en détention. Dans la période entre la prolongation de son mandat de détention et son anniversaire nous avons réussi à passer des questions à Sasha sur ce qui se passait avec lui en ce moment – et à recevoir des réponses de l’un des « otages de Crimée » ukrainiens en prison à Moscou pour savoir ce il pensait, faisait et prévoyait. Le 11 Novembre, le Bureau du Procureur général de la Fédération de Russie a déclaré dans sa lettre que les quatre prisonniers de Lefortovo – Sentsov, Cherniy, Afanasyev et Kolchenko – étaient des citoyens ukrainiens.

Toutefois, jusqu’à présent, une telle «reconnaissance» n’a eu aucun impact sur leur situation. La vie quotidienne à Lefortovo – Commençons par votre vie quotidienne actuelle.

Quelles sont vos conditions de détention? Avec qui partagez-vous votre peine d’emprisonnement? Comment vivez-vous le régime quotidien de la prison, avez-vous assez de nourriture et de temps pour marcher? Comment est votre santé? – Les conditions de détention dans la cellule sont satisfaisants. Dans ma vie normale avant la détention, j’avais aussi l’habitude de me lever à 6 heures, de sorte que le décollage à 6 heures au SIZO ne me bouleverse pas. La cellule, à ma connaissance, est ordinaire: quatre murs, une petite fenêtre avec des barreaux, un évier pour se laver, une cuvette de WC, et des meubles fixés au sol. Maintenant, ils font des travaux de réparation dans les cellules, donc les prisonniers sont progressivement déplacés vers les cellules rénovées. Mes compagnons de cellule sont différents, de différentes régions et villes de la Russie: Caucase et Bachkirie, Moscou et Rostov, et ainsi de suite; ils sont de nationalités différentes et croyances religieuses. Malgré le fait que je ai connu des gars russes avec des croyances semblables pendant longtemps, c’est mon premier séjour en Russie. C’est dommage que ma première visite ait commencé avec la SIZO. La nourriture est bonne ici (certainement, pas aussi bonne qu’à la maison). Le menu change tous les quatre jours: petit déjeuner – gruau, soupe au lait, deux plats pour le déjeuner et le dîner; ils donnent toujours de la viande ou du poisson. Ils me donnent même de la nourriture supplémentaire: lait condensé et beurre tous les jours, un œuf tous les deux jours. La raison est simple: le service médical du SIZO croit que je suis en sous-poids. Ils offrent des promenades tous les jours, mais en ce moment je ne vais pas à l’extérieur, j’ai peur d’attraper froid. Et je ne ai pas de problèmes de santé ou des plaintes, tout va bien.

– Comment passez-vous vos journées en prison? Nous savons ce que vous lisez beaucoup là – quoi exactement? Et que voudriez-vous lire dans l’avenir le plus proche? – J’ai lu la plupart de mon temps libre. En ce moment je lis les écrits journalistiques de Léon Tolstoï, en particulier, ses articles sur les conceptions religieuses, les questions de territoire, la peine de mort. Tolstoï était un penseur avec les croyances anti-étatiques similaires à l’anarchisme, et c’est pourquoi il est intéressant pour moi. Avant cela, j’ai lu la poésie de Ivan Franko en ukrainien; « L’État et la Révolution » de Lénine; « Les discours d’un rebelle » de Pierre Kropotkine; « La société future » par Jean Grave. J’ai aussi lu les journaux russes et des revues sur abonnement, tels que « Novaya Gazeta », « New Times », « Russian Reporter », « Popular Mechanics ».

– Qu’est-ce qui vous manque plus que tout en prison ? – Bien sûr, la plus que tout la liberté me manque et la communication avec mes amis et parents. De même que mon travail et mes collègues. Je n’ai pas l’habitude à être dans le mode de ne rien faire – j’ai toujours travaillé et j’aimais mon travail dans l’industrie de l’impression. Je suis reconnaissant à tous ceux qui m’ont écrit ici au SIZO. C’est la grande joie et un soutien moral. Et la Crimée me manque beaucoup.

– Quel paquet souhaitez-vous recevoir ici? N’importe quoi, quel que soit son coût? – De la musique. Je veux écouter de la musique – en particulier les sons jamaïcains, de reggae et de ska. J’aime la musique et à un certain point, c’était l’une des raisons de mon intérêt pour les anarchistes et antifascistes. – Quelles nouvelles sont les plus importantes pour vous maintenant? Savez-vous combien de personnes, en particulier en Ukraine, sont au courant de votre situation? – Je suis intéressé par toutes les nouvelles du monde extérieur. Je sais seulement partiellement comment les gens sont au courant de mon destin: par la presse et dls lettres que je reçois.

– Étiez-vous surpris d’apprendre la décision du tribunal du 20 Octobre de prolonger votre séjour en prison? – Non, cette décision ne m’est pas arrivé comme une surprise. En étant ici, en parlant à mes compagnons de cellule, j’ai réalisé que c’était une pratique habituelle. – Plusieurs questions concernant l’enquête. Comment pensez-vous: sont-ils intéressés en rien à déterrer la vérité dans votre cas? Avez-vous subi des pressions? – Non, je ne ai pas eu de pression par l’enquête. Je n’ai aucune idée de la «vérité» à laquelle l’enquête s’intéresse. Dans mon opinion personnelle, basée sur les analyses de la façon dont les événements d’Ukraine ont été couverts par les médias russes, je pense qu’ils ont besoin du « Secteur Droit » en Crimée pour justifier son annexion par la Russie. Pour cette raison précise dans cette affaire criminelle, ils assimilent Oleg Sentsov, d’autres gars et moi-même au « Secteur Droit ». Cependant, personnellement, je ne ai rien à voir avec le Secteur droit.

– L’enquête insiste sur votre citoyenneté russe, alors qu’en Ukraine (et pas seulement), vous êtes considéré comme un citoyen de l’Ukraine. Comment allez-vous répondre à la question de votre citoyenneté? – Je me considère comme un citoyen de l’Ukraine. Le seul document d’identification que j’ai est le passeport d’un citoyen ukrainien. Je ne ai jamais eu un passeport russe. Depuis la rédaction: le 11 Novembre, le Bureau du Procureur Général de la Fédération de Russie a admis Kolchenko et d’autres prisonniers politiques comme des citoyens de l’Ukraine.

Source No border Ukraine : http://noborders.org.ua/en/fields-of-work/other/aleksandr-kolchenko-i-am-not-a-terrorist-i-am-a-citizen-of-ukraine/

De l’urgence d’un anticléricalisme anarchiste au XXI° siècle

MLHS60

Paru dans Le Monde libertaire hors-série #60. Il a était attribué à « Fab » mais il s’agit d’un erreur.  L’article a été fait par l’ensemble du groupe Graine d’Anar de Lyon.

Le retour du religieux dans la vie de tous les jours est un fait prégnant. Loin de nous l’idée de le nier, ou de nier son instrumentalisation par certain-e-s, que ce soit pour ne pas désigner les personnes victimes de la haine (l’emploi de plus en plus systématique du terme « musulman » pour désigner les arabes) ou que ce soit pour présenter les migrants ou issus des migrations passées uniquement par le prisme d’une supposée communauté religieuse en faisant croire que la religion pourrait être un moyen d’émancipation.

Cette désignation des personnes concernées les enferme, de fait, dans une communauté qui se reconnaîtrait par la religion, et qui pourtant ne les définit pas. Les « Arabes », français ou non, qui vivent ici se trouvent alors assimilés à une religion diabolisée qui est censée les définir et les représenter tous. Celle-ci est, certes, constitutive de leur héritage familial, culturel et historique comme chaque religion est constitutive de l’héritage familial, culturel et historique de n’importe quelle catégorie ethnique, qu’on le veuille ou non. Cependant, nous ne sommes pas responsables de ce que nous n’avons pas choisi, nous n’avons pas choisi nos héritages et nous devons donc être libres d’en rejeter ce qui ne nous plaît pas, en particulier la religion, que nous soyons « Arabes », « Blancs », « Asiatiques », « Noirs », etc.

L’emploi du terme « islamophobie » produit de l’ambiguïté et de la confusion qui compliquent la lutte contre le racisme et l’intégrisme religieux. Il exclut de la lutte anti-raciste les personnes d’origine orientale et africaine qui ne sont pas croyantes, tout en instaurant un amalgame systématique et stigmatisant entre ces personnes et celles qui sont musulmanes. Dans la foulée, l’effet est d’entraver le droit au blasphème, ainsi que toutes critiques contre les dogmes religieux d’abord musulmans, puis logiquement et par extension, chrétiens et juifs. En quelque sorte, c’est là le programme des groupes d’extrême-droite qui instrumentalisent et falsifient la notion de laïcité comme « Riposte Laïque » qui n’est pas si laïque que ça mais juste raciste. Ou un site comme Oumma.com, fondé par un créationniste musulman.

Participer à cet amalgame en employant le terme « islamophobie » permet non seulement de ne pas nommer le véritable problème qui est le racisme et la xénophobie, mais pousse aussi les personnes visées par ce racisme et cette xénophobie à se réfugier dans un repli communautaire qui leur offre une illusion de confort et de sécurité.

Choisir le terme « islamophobie » plutôt que « racisme » c’est enfermer une multitude de personnes dans une catégorie définie de façon trompeuse et réductrice. C’est nier leur individualité, leur subjectivité et leur droit à exercer la même liberté que les autres. C’est s’enfermer soi-même et se soumettre à l’injonction de se positionner par rapport à la religion pour défendre sa propre existence ou celle d’autrui.

C’est reprendre à son compte un discours dogmatique. Le terme « phobie » désignant une peur irrationnelle à caractère pathologique, l’emploi du terme « islamophobie », dont la véritable fonction est d’interdire toute critique de l’islam, vise à faire croire que ce ne serait pas la religion elle-même qui est irrationnelle, mais le fait de la critiquer…

Nous avons là un excellent exemple de rhétorique perverse.

L’islam n’est légitime en rien, il n’a pas à être défendu car, comme toutes les religions, il apporte son cortège de maltraitances, de soumissions et d’aliénations. Au contraire, il doit être fustigé en tant que tel, comme toutes les autres religions. Par contre nous devons dénoncer très haut le racisme haineux de nos concitoyen-ne-s qui n’a d’égal que le racisme haineux de Daesh et autres extrémistes religieux de tous poils.

Certain-e-s font, consciemment ou inconsciemment, le jeu des racistes et extrémistes religieux en interdisant / diabolisant toute critique de l’islam politique, radical et intégriste, et par là même établissent une hiérarchie entre les religions…

En parallèle on peut noter le retour en grâce de la « noble religion » en France, comprenez la religion catholique. Nous la pensions en perte de vitesse mais le passage autour du mariage pour tou-te-s est venu nous réveiller : elle est encore bien présente et a bien l’intention de dicter ce que nous avons le droit de faire ou non dans nos vies.

Elle ne se plaint pas trop de la laïcité, puisque cette laïcité n’est que partiellement appliquée à son égard (par exemple : financements publics attribués à de nombreuses écoles catholiques, maintien du concordat en Alsace-Moselle, tolérance à l’égard des agents du service public exhibant des crucifix sur leur lieu de travail) et elle a su laisser croire qu’elle s’y conformait pour mieux s’imposer dans chaque rouage du pouvoir étatique. D’ailleurs, nous avons pu voir l’alliance de toutes les religions, du bouddhisme au protestantisme dans le but de priver de droit de vivre une partie de la population, sous prétexte que la sexualité qu’elle vit n’est pas conforme à leurs textes sacrément archaïques.

Rien d’étonnant quand on sait que les trois branches de la religion monothéiste et transcendantaliste ont pour base commune un ensemble de textes et de récits qui font l’apologie du viol (collectif, punitif, conjugal et incestueux), de l’infanticide, du féminicide et du sacrifice d’autrui à des fins de vengeance. Ils imposent des lois dogmatiques qui témoignent d’un rejet viscéral de la philosophie et de la science, d’une haine profonde pour les femmes et les homosexuel-le-s ainsi que d’un mépris radical à l’égard des enfants et des autres espèces animales… Tout ce qui rappelle que nous sommes des êtres vivants, sensibles, imparfaits, uniques et mortels déplaît à ce dieu qui, en plus d’être tyrannique comme tous ses collègues, est aussi fondamentalement sadique, phallocrate (1) et anthropocentriste (2).

Au nom d’une promesse de « salut » dans un au-delà éternellement ennuyeux, il puise toute son inspiration et sa puissance dans une haine inépuisable de la vie et de la liberté. Les religions polythéistes et sans dieu mais avec transcendance les suivent sur ces points-là, malheureusement.

Voici donc le temps du fameux « 21ème siècle religieux », et il fait froid dans le dos de tout-e anarchiste.

Car la religion n’est pas qu’une démarche individuelle. Elle est l’organisation de croyant-e-s à des fins politiques. C’est ce qui fait qu’elle est par essence un des piliers du système de domination mondial.

Pas d’émancipation des personnes sans destruction des quatre piliers de la domination que sont le patriarcat, l’État, le capitalisme et la religion.

Nous voyons d’ailleurs le côté protéiforme des différentes religions : condamnant le profit, elles ont pourtant toutes permis d’ériger des empires, qu’ils soient financiers ou de droit divin, et permis aux classes les plus aisées de se tailler la part du lion. Le Qatar tout comme le Vatican sont deux exemples de ces multinationales du turban et de la calotte.

Et ils sont nombreux : le fanatisme religieux se lâche dans le monde. Que ce soit les bouddhistes birmans qui dézinguent les musulman-e-s, Daesh et son califat de l’horreur avec épuration ethnique en prime, Boko Haram et sa vision de la purification, les catholiques en goguette qui s’acoquinent avec les milices sud-américaines et les réactionnaires en France, le créationnisme qui déferle sur le monde via les USA et la Turquie, etc… etc… Comme on dit : y’a du boulot !

Il est vital de construire une solidarité internationale concrète avec les organisations progressistes qui se battent a minima pour la laïcité dans les pays où les intégristes religieux détiennent le pouvoir politique, avoir le courage de combattre également les intégristes religieux d’ici, et ce, quelle que soit leur religion, leur importance numérique et leur impact politique, parce qu’aucune personne ne doit être considérée comme négligeable ou sacrifiable et que l’oppression religieuse doit être combattue à grande comme à petite échelle. Et ce, à l’échelle du monde entier, comme au sein de chaque pays, ainsi que dans la sphère dite « privée » des communautés et des familles, en prenant garde de ne pas développer un discours de haine à l’égard des croyant-e-s en tant que personnes.

C’est pour cela qu’il est temps de construire un anticléricalisme anarchiste du 21ème siècle. Non pas celui fantasmé par les personnes qui se rendent poreuses au mysticisme sous prétexte de trouver là un lien avec les démuni-e-s (niant au passage les constructions internationalistes du passé), mais bien un anticléricalisme qui sache prendre la mesure des défis à relever. Des gens, qui sont en apparence ennemis, défendent en réalité les mêmes intérêts : les intégristes religieux, les anti-féministes, les obscurantistes, les conspirationnistes, les racistes, bref, toutes les sortes d’essentialistes (3), autrement-dit, d’adeptes des extrêmes-droites (de quelque inspiration culturelle et/ou cultuelle soient-elles).

Les confusions actuelles (profitant notamment à Égalité et Réconciliation d’Alain Soral) qui tendent à nous faire oublier la lutte contre le patriarcat, le racisme et le capitalisme, par l’intrusion sur la scène politique des délires du type « choc des civilisations » et « défense de la diversité » (les deux étant fondées sur l’enfermement des personnes dans des catégories identitaires qui nient leurs individualités) arrangent bien les dominant-e-s et les extrêmes-droites. Pendant que certain-e-s instrumentalisent une illusion d’anti-racisme afin de faire de la propagande anti-féministe, d’autres font l’inverse, ce qui n’est pas mieux…

Car ce qui est évident, c’est avant tout que le club des calotins et enturbannés a gagné une manche. Aujourd’hui, on parle de « musulmans de France », de « catholiques de France » ou autres labels religiophiles… C’est bien là une bonne dose de différentialisme qui est entrée dans notre société ! Et ce n’est pas pour rien. Il est d’ailleurs à souligner que ces désignations ne sont utilisées que si elles ont un sens politique, et permettent une main mise. Car personne ne souligne que les Roms sont majoritairement chrétien-ne-s… Mais les Roms ne pèsent pas dans l’escarcelle électorale.

En découpant la société par le prisme de « à quoi tu crois », on oublie déjà la masse très importante des athées, en particulier dans le pays censé être laïque qu’est la France. Et on donne l’impression que les croyant-e-s sont majoritaires. Or, c’est faux. Selon diverses sources, l’athéisme se situerait entre 19 et 31 % des français-es, les agnostiques autour de 18 à 30 %… Et pour les individus qui se réclament d’une religion, cela se situe entre 15 et 23 %. Seulement, miracle de la bêtise, on parle en permanence comme si les religieux étaient non seulement majoritaires, mais en plus incontournables.

Empêchant bien souvent l’expression de celles et ceux qui ne croient pas, au nom d’un refus de blesser les croyant-e-s, mais en réalité avec pour but de protéger les religions.

L’important, pour définir notre positionnement politique est-il de savoir en quoi croire ou plutôt qu’est-ce que nous voulons ? Nous voulons une Humanité sans religion car la religion a une influence toxique sur l’Humanité.

Depuis des milliers d’années, la religion cautionne, justifie et pardonne le fait que des êtres soient considéré-e-s et traité-e-s comme des choses, que cela se traduise par l’exploitation (sexuelle, esclavagiste et salariale), les différentes formes de tortures (dont la plus courante est le viol), les mutilations (notamment sexuelles), le meurtre, la manipulation mentale, etc…

Est-ce qu’une personne est ce qu’elle fait, ou est-elle ce qu’elle dit penser ? Marine Le Pen est-elle sincère lorsqu’elle dit ne pas être raciste et vouloir défendre la laïcité ?…

Évidemment non !

L’éthique précède l’idéologie. L’éthique qui précède toutes les idéologies progressistes est fondée sur la reconnaissance de la différence fondamentale entre les êtres vivant-e-s (en particulier les êtres humain-e-s pour la plupart des idéologies progressistes) et les objets. Une étiquette idéologique collée sur une personne, qui n’adhère manifestement pas à la base éthique au fondement même de l’idéologie qu’elle prétend représenter, est un mensonge.

Par la perte de repères universalistes et anticléricaux, nous sommes sommé-e-s de prendre parti pour l’une ou l’autre de ces deux tendances d’extrême-droite, l’une plutôt raciste anti-arabes, l’autre plutôt raciste « anti-sioniste » (en réalité antisémite).

Les deux sont racistes, les deux sont misogynes et homophobes. Les deux sont identitaires et essentialistes. Les deux sont obscurantistes.

Nous sommes censé-e-s être capables de penser, nous positionner et agir de façon autonome par rapport aux partis et tendances politiques, même les moins éloignés de nos valeurs. Nous ne sommes pas obligé-e-s de tomber dans le piège d’un choix insensé à faire entre une tendance d’extrême-droite et une autre. Si nous tombons dans ce piège en choisissant un camp entre la peste et le choléra, alors ces deux tendances d’extrême-droite, qui semblent s’opposer mais se rejoignent, auront gagné.

Vive le blasphème ! À bas les Identitaires, Riposte « laïque », le Parti des Indigènes de la République, la Ligue de « Défense » Juive, le Hezbollah, le Hamas, le Betar, SOS « Tous Petits », le FN, Égalité et réconciliation, Réconciliation nationale etc, et merde à Le Pen, Soral, Dieudonné, Tariq Ramadan, De Villiers… À bas TOUTES les extrêmes-droites !

LES intégrismes religieux en sont une composante essentielle quelles que soient leurs inspirations culturelles et / ou cultuelles !

Ils veulent que des personnes humaines soient considérées et traitées comme des choses. Pour ça l’Église catholique, lorsqu’elle détenait le pouvoir politique, a renforcé et organisé la prostitution (4), comme le fait actuellement l’État Islamique sur les territoires qu’il domine et contrôle. Puis l’Inquisition a érigé des bûchers et pratiqué la torture pour terroriser et mater les femmes, les personnes souffrant de troubles psychiques, les handicapées, les chats, les alchimistes… les islamistes préfèrent le fouet et la lapidation. Aujourd’hui encore les mensonges de l’Inquisition exercent une influence non négligeable sur les mentalités occidentales, en témoignent les représentations presque exclusivement négatives des « sorcières »… Ces mêmes « sorcières » torturées et brûlées vives par l’Inquisition parce qu’elles soignaient, aidaient et transmettaient à la population paysanne les restes d’une tradition populaire profane antérieure à la christianisation.

Et on retrouve la même misogynie, la même haine et la même violence chez les islamistes. Et il suffit de voir les orthodoxes juifs caillaissant une marche des fiertés ou demandant des séparations homme / femme de partout pour comprendre les liens… La condition des femmes en Inde nous laisse entrevoir que toutes les religions partagent ce fond.

Dans les pays où les féministes luttent en risquant leur vie tous les jours parce que les intégristes islamistes sont au pouvoir, les homosexuel-le-s risquent la peine de mort, les femmes peuvent être abattues comme du bétail défectueux par leur mari jaloux au moindre soupçon d’adultère, elles sont mariées de force, recluses, battues, violées, lapidées, esclaves domestiques, etc. Parce qu’elles sont d’origine orientale ou africaine, l’oppression qu’elles subissent en tant que femmes devrait être minimisée et traitée au second plan au nom d’un intérêt soi-disant supérieur dicté par des courants et des partis politiques français réputés « de gauche » ? De même lorsque l’on voit applaudir l’arrivée au pouvoir d’un parti religieux nationaliste en Inde sous prétexte d’un « changement » nécessaire. Il est là le racisme ! Racisme doublé de machisme camouflé dans le costume de la bonne conscience qui fait l’économie des questions embarrassantes !

Alors on choisit la solution de facilité qui consiste à considérer certain-e-s comme quantité négligeable et sacrifiable. C’est d’autant plus facile quand elles font partie d’une minorité numérique, comme c’est le cas par exemple des victimes de l’oppression religieuse islamiste présente en France. « T’es oppressée par un / des opprimé-e-s ? Désolé-e-s, mais ce qui compte pour nous c’est notre image et notre électorat… nous luttons contre l’islamophobie et puis tu n’es qu’une femme alors sois gentille, ne joue pas la traître à la cause et pleure en silence… »

Les religions se combattent pied à pied, face à face, sans avoir peur. Car nous savons faire la distinction entre les croyant-e-s et leurs chefs, même si nous ne retirons pas toute responsabilité aux croyant-e-s qui alimentent les clergés, de même que nous savons faire la distinction entre les salarié-e-s et le patronat lorsque nous parlons d’abolition du salariat et de toutes les formes d’oppression et d’exploitation. Nous ne laisserons plus passer l’idée que nous devrions tolérer les faits religieux, voire les assimiler (quel horrible mot), pour mieux aider les plus démuni-e-s, car nous savons que les religions sont là avant tout pour consoler les démuni-e-s dans l’immatériel en laissant le matériel aux plus riches.

L’anticléricalisme anarchiste doit être au cœur de nos pensées politiques en ce 21ème siècle débutant, et ce pour que demain nous puissions revenir à ce qui compte : une lutte des classes claire, précise, et unificatrice.

Mort au patriarcat, mort à l’État, mort au capital, mort aux religions !

Plus que jamais : ni dieu, ni maître, ni ordre moral.

Graine d’anar
Fédération anarchiste
Lyon, Février 2015

Notes

1 Le terme phallocratie (du grec phallos, « pénis en érection » et cratos « pouvoir ») désigne la domination sociale, culturelle et symbolique exercée par les hommes sur les femmes. Par extension, elle est utilisée pour désigner une structure sociale misogyne, patriarcale et sexiste.

2 L’anthropocentrisme est une conception philosophique qui considère l’espèce humaine comme l’entité centrale la plus significative de l’Univers et qui appréhende la réalité à travers la seule perspective humaine.

3 En philosophie, l’essentialisme est le nom de la conception de l’humanité qui s’oppose à l’existentialisme : l’essentialisme philosophique vise à accorder le primat à l’essence sur l’existence, et ne suppose pas de libre arbitre de l’individu, considéré comme produit de déterminismes qui le définissent et dont il ne peut s’extraire. L’essentialisme tend à réactualiser un débat opposant la nature et la culture, l’inné et l’acquis.

4 Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir.

Anarchisme, Antiautoritarisme et Autodestruction ?

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Nous souhaitons revenir sur ce qui s’est passé au salon des éditions libertaires à Lyon, dans la journée du samedi autour de la présentation du livre d’Escudero. Nous avons participé à un événement exceptionnel par sa gravité. Non pas que la violence nous effraie, mais parce que cet événement violent ( à tous les niveaux) s’est déroulé au sein d’un espace construit et destiné aux pensées libertaires et a amené des individu(e)s qui se croisent, militent ensemble, partagent les mêmes lieux, et œuvrent ensemble et chacun(e) à leur manière à la construction d’une société libertaire, à s’attaquer, s’insulter se battre même comme de vulgaires ennemi(e)s.

Comment avons nous pu « nous anarchistes » en arriver à une situation proche du lynchage ? Comment certain(e)s ont pu croire qu’en supprimant ce débat nous pouvions évacuer les questions politiques, humaines, économiques, philosophiques que ce sujet pose ? Comment certain(e)s ont pu croire, que ce livre, volontairement provocateur ( au sein des milieux libertaires) pourrait permettre le débat ? Comment avons nous pu à ce point nous laisser tenter de part et d’autre par la logique du bouc émissaire, comment certain(e)s ont pu croire qu’en réduisant un individu au silence, en lui interdisant de s’exprimer, nous allions pouvoir annuler, supprimer les questions que posent ce livre ?

Ces situations violentes ne sont pas nouvelles mais elles deviennent récurrentes dans les milieux libertaires et mettent en évidence deux problèmes majeurs auxquels nous nous heurtons, que cela soit au sein de la mouvance libertaire qu’au sein des organisations.

Nous pouvons faire deux constats qui eux-même nous amènent à poser un certain nombre de questions.

Premier constat : la pensée libertaire aujourd’hui est traversée par un courant de pensée très actif qui mobilise et rassemble une partie de nos milieux militants mais également rassemble autour de lui des individu(e)s n’ayant jamais participé ( ou refusant de participer) activement à toute activité politique. Cette mouvance, qui peut se décliner de plusieurs manières, dénonce la surconsommation, la technologie, la science et ses dérives, la malbouffe…. et remet au centre de la réflexion l’idée d’une nature qu’il faut « préserver».

C’est au nom de cette nature qui serait première et dans un contexte de désenchantement politique total que l’essentialisme se développe sans entraves. Ce retour au naturel s’accompagne d’un retour à l’ordre moral, et au religieux sous des formes les plus diverses, allant d’une position mystique confuse « il faut honorer la mère nature » aux positions religieuses ouvertes avec un retour en force des intégrismes. Cette idéologie soi disant « a-politique » (enfin des discours qui ne sont pas pourris par la politique pensent certain(e)s!) détourne d’une analyse critique et politique, une prise de conscience salutaire des enjeux écologiques auxquels nous sommes confrontés.

Il ouvre des brèches insidieuses. Là où il faudrait construire une véritable pensée politique nouvelle, on observe un retour vers des idéologies réactionnaires, seuls référentiels prêts à penser.

Au sein des milieux et organisations anarchistes, cette influence (qui puise nous le rappelons, dans un questionnement légitime sur l’évolution de notre société de consommation), qu’on le veuille ou non est présente, elle s’insinue dans la littérature, dans les textes militants, dans les attitudes même. Comment cela pourrait il en être autrement ? Le confusionnisme idéologique qui fait des ravages n’épargne pas les milieux d’extrême gauche et libertaire. Que proposons nous ? Nous ne pouvons-nous nous satisfaire de positions de refus sans appel, d’avis tranchés, d’interdictions, nous ne pouvons pas non plus garder le silence. Il est urgent d’ouvrir des espaces de réflexion, d’analyse, sans avoir peur des fantômes du passé, mais en rappelant sans cesse ce qui nous fonde, comprendre ce qui sous-tend le mouvement vegan, le végétarisme, la diversité des revendications des milieux LGTBIQ, la stratégie de la décroissance, le refus d’un développement incontrôlé de la science et des techniques, le refus du travail et du monde du travail comme référentiel, le retour au local, la marchandisation de l’humain, le retour au religieux, le port du voile ou autre, le terrorisme religieux etc……il est urgent de débattre, de mettre nos idées et principes anarchistes à l’épreuve en les confrontant à l’évolution sociétale, aux histoires des individu(e)s et à leurs besoins. Il est urgent de leur donner leur place dans ces débats qui, surfant sur la confusion et la profusion de l’information tous azimuts se perdent dans les méandres nauséabonds d’une morale douteuse qui se propose de remettre de l’ordre dans nos pensées laissées sans guide…

Deuxième constat : le milieu et les organisations libertaires et anarchistes sont en difficulté justement parce qu’ils sont antiautoritaires ! Et cela pour deux raisons : parce que ce sont des milieux qui prônent la liberté d’expression et le débat d’idées et qui sont donc « poreux » mais aussi parce qu’ils laissent la place du pouvoir volontairement « vacante » (puisque n’aspirant pas au pouvoir) prenant ainsi le risque que ce pouvoir soit pris de manière arbitraire ou de manière insidieuse au nom des idées anarchistes par celles et ceux qui, à l’intérieur, trouvent là un débouché à leurs propres ambitions ou promotion.

On peut au nom de la liberté d’expression et du « devoir » de débattre, principes anarchistes fondamentaux, tenir des propos, écrire des textes ou livres, qui s’éloignent des principes anarchistes, on peut aussi, décider au nom des idées libertaires de jeter le discrédit sur des camarades considéré(e)s comme « non-conformes », on peut pour conclure, au nom des idées anarchistes s’autoriser à exclure celles et ceux qui veulent faire taire!

Nous sommes donc confronté(e)s à deux problèmes :

La prise de pouvoir autoritaire, de plus en plus fréquente, mode de réponse « économique » qui permet d’exclure le débat en imposant un point de vue (et qui résulte peut être de notre difficulté à penser ces questions de société). Ce positionnement marque un tournant important dans les milieux libertaires. Il montre l’influence majeure du système néo libéral sur nos organisations, la banalisation d’un fonctionnement on off, avec-contre, dedans-dehors… Ce système de pensée fondé sur l’urgence, la pression, l’isolement des individu(e)s, la précarisation, la concurrence, l’exclusion etc…., offre l’avantage de définir en permanence dans quelle case se trouve chaque individu(e). Pas d’espace de pensée, pas de temps de réflexion, pas de doute, pas de progression dans sa pensée et dans son point de vue sur les choses. Les pensées des autres sont intrusives, il faut les combattre, elles menacent mon équilibre en créant dans mon esprit un espace d’incertitude. Pourtant cet espace d’incertitude est aussi un espace de dialogue interne qui est le seul garant d’une vision autogestionnaire et libertaire de la société.

Lorsqu’on commence à « guillotiner », karchériser, exclure, répondre dans l’urgence, refuser de prendre le temps de la réflexion, résumer, reformuler, remettre de l’ordre, assainir, …….On finit par… voter et décider de prendre le pouvoir….

Salutations Anarchistes !

Graine d’anar, groupe lyonnais de la Fédération Anarchiste