Le nouveau Monde Libertaire 1803

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EDITO : 

Dans l’Histoire de notre mouvement, l’Anarchisme, le progrès technique a très souvent été mis en corrélation avec le progrès social.
Par exemple, dans Paroles d’un Révolté, Pierre Kropotkine envisageait les progrès des techniques agricoles comme facteur d’émancipation dans le monde paysan.
C’était à la fin du XIXème siècle et l’espoir dans les vertus émancipatrices de la technologie était de mise dans les mouvements de luttes sociales. Le folklore anarchiste de l’époque allait même jusqu’à imaginer se débarrasser de la tutelle bourgeoise grâce à la Science : le Savoir et la Dynamite auraient dû suffire à renverser le monde capitaliste.
Aujourd’hui, nous constatons que cette saloperie a survécu aux coups de boutoir de nos ancêtres et que les techno-sciences sont une arme au service du Capital.
Le Monde n’a fondamentalement Lire la suite

[Dans le ML] Néolibéralisme et autorité : un pléonasme plutôt qu’un oxymore.

Dans le Monde Libertaire de Décembre 2018

Compte-rendu de Grégoire Chamayou, La Société ingouvernable, une généalogie du libéralisme autoritaire, Paris, La Fabrique, 2018, 326p.

Voici un texte qui s’avère utile pour penser le monde contemporain. L’objet de l’analyse, à savoir le basculement des années 70 et l’inauguration d’un nouvel « art de gouverner » qui est encore actif aujourd’hui et dont il s’agit de saisir le mode de production multiple, à la fois dans les discours scientifiques, mais aussi stratégiques et patronaux, vise à nous aider à comprendre ce qui caractérise l’époque que nous vivons. Ces nouveaux discours qui apparaissent dans les années 1970, lors de la « contre-révolution néolibérale », en réponse à toute une série de critiques venues de la gauche sur le mode de production capitaliste, l’entreprise, l’écologie, le gouvernement etc. nous invite également à repenser nos propres catégories politiques. L’irruption de nouveaux objets politiques, les multinationales, les stratégies d’incitations fondées sur les sciences, le gouvernement par les marchés, nous invite ainsi à abandonner les vieilles catégories politiques qui sont les nôtres, et notamment l’idée d’une souveraineté qui serait limitée à l’État, dont nous héritons du XVIème siècle.

Bien que la thèse d’un (néo)libéralisme autoritaire ne soit pas neuve dans les textes portant sur les formes contemporaines – à partir des années 1970 – du libéralisme, qu’on a coutume, et l’ouvrage de Chamayou n’y tranche pas, d’appeler désormais « néolibéralisme », ce livre est précieux. En effet si cette thèse d’un libéralisme économique se fondant sur un État fort policièrement et politiquement, capable de réprimer les résistances et les révoltes et d’organiser, massivement ou plus stratégiquement, le démantèlement des entreprises publiques, apparaît déjà chez Harvey (Brève histoire du néolibéralisme) ou pour les francophones chez Dardot et Laval (La Nouvelle raison du monde), Chamayou se propose un traitement original de cette question. Il s’agit dans ce livre non pas d’une histoire intellectuelle du néolibéralisme, mais d’une histoire croisée des théories, des discours et des pratiques, en prenant le parti de mélanger des « Prix Nobels » d’économie et des patrons, des idéologues et des « scientifiques », des casseurs de syndicats et des intellectuels. Cette façon de raconter l’histoire, inspirée de l’historiographie foucaldienne, s’avère ici passionnante. On montre ainsi comment la réaction venue du milieu des affaires, Chamayou assume faire une histoire « d’en haut », à savoir du point de vue des dominants, aux critiques de la gauche sur le modèle économique capitaliste dans les années 1960 et 1970. En cela l’ouvrage tranche avec plusieurs écueils : la vision unitaire d’un néolibéralisme qui se serait imposé de façon implacable et cohérente, qui confine à une forme de complotisme, tout comme l’éclatement de plusieurs possibilités qui viennent dissoudre l’idée même de l’existence du néolibéralisme en une série de discours discordants. On voit ainsi comment la pensée néolibérale, réagissant aux différentes critiques venues de plusieurs milieux de gauche, s’est composée de façon « bâtarde », principalement aux États-Unis, lieu principal d’élaboration de la nouvelle pensée libérale, mais possédant néanmoins une certaine unité visant à défendre des positions politiques par divers moyens.

L’ouvrage est ainsi extrêmement riche en développements et analyses historiques précises et sourcées, Lire la suite

Le nouveau Monde Libertaire 1802

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Note du Comité de Rédaction du Monde Libertaire (CRML)

Le CRML a reçu quelques messages, toujours polis et bien intentionnés, nous indiquant que le titre de ce numéro de janvier « le Péril jaune », pouvait être mal interprété, faisant référence à l’expression, datant du XIXème siècle selon laquelle les peuples asiatiques seraient amenés à dominer les populations blanches. Cette expression a ainsi été utilisée de façon raciste par la suite. 
Nous nous excusons de cette confusion possible venant d’un choix maladroit quant à notre titre, qui n’a bien évidemment pas été choisi pour avoir des connotations racistes, mais au contraire pour se moquer d’une vision médiatique qui voit le mouvement des Gilets Jaunes comme un danger maximal. Nous espérons que le contenu du ML, ainsi que la couverture, suffiront à déjouer cette idée, si malgré tout elle devait s’immiscer dans l’esprit de certain.e.s de nos lectrices et lecteurs ! Nous choisirons nos titres avec davantage de précaution par la suite !
Le CRML.

ÉDITO DU ML N°1802

Gilets jaunes : Par-delà le bien et le mal !

Dans le milieu « progressiste », il est de bon ton de ne soutenir les gilets jaunes que comme la corde soutient le pendu. Ils ne seraient pas vraiment écolos. Certains tiendraient des propos racistes, homophobes, sexistes… Et puis, d’abord, qui sont-ils ces gens sortis de nulle part, sans programme revendicatif « élaboré », refusant tout représentant, pacifiques mais ne refusant pas la violence… ?

Le nouveau Monde Libertaire 1801

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Bonne lecture !

EDITO

Alimentation et politique

On oublie trop souvent le statut politique de l’alimentation. Le dossier de ce moisci essaye de présenter les différents enjeux politiques relatifs à notre consommation essentielle.
Il est en effet indéniable que la façon de se nourrir ne peut être totalement détachée du mode de production dans lequel nous sommes insérés : se nourrir c’est certes toujours remplir une fonction physiologique (consommer des calories pour vivre) Lire la suite

[Dans le ML] Repenser l’antimilitarisme aujourd’hui

article extrait du Monde libertaire n°1800 de décembre 2018

Si l’Europe et les États-Unis vivent globalement en paix sur leur territoire depuis la Seconde Guerre mondiale ce n’est pas le cas du reste du monde : Syrie, Yémen, République démocratique du Congo, pour ne citer que quelques pays. Pourtant les signes de la guerre chez nous n’ont pas disparu, et la France connaît une militarisation importante, permise notamment par l’état d’urgence, que les attentats ont légitimé y compris au sein de la population. Mais plus encore que chez nous, c’est chez les autres que nous exportons la guerre : matériel militaire, opérations militaires, en Libye, au Mali, en Irak, néo-colonialisme pour capter les richesses etc. Il ne faut donc pas se laisser tromper par notre situation européenne : si nous vivons en paix ce n’est pas le cas de l’humanité en général, et la guerre permanente qui est conduite dans le monde est bien souvent le fait de nos gouvernements. Et même si la guerre n’est pas d’actualité chez nous il n’en est pas de même de l’esprit militaire.

Aujourd’hui, la militarisation a bonne presse : les soldats patrouillent, les reportages chantent les louanges des soldats français en mission, les campagnes de publicité ont pignon sur rue. En 2016 87% des Français avaient encore une bonne opinion de l’armée, en faisant la deuxième institution la plus appréciée après l’hôpital. Pourtant qu’en sait-on réellement ? Les données sont dures à trouver du fait d’une interdiction de l’ethnographie ou des travaux qualitatifs, les scandales sont étouffés en interne et nous sommes donc condamnés à ingurgiter la vision officielle, celle qui défile sur les Champs-Élysées le 14 Juillet. Dans ces conditions la critique éclairée est devenue difficile.

Que reste-t-il alors de l’antimilitarisme ? Presque rien. Il est pourtant fondamental de lui ré-insuffler la vie.

Qu’est-ce que l’antimilitarisme ? 

L’Encyclopédie anarchiste

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[Dans le ML] Enfants soldats, les oubliés des guerres.

Article extrait du Monde libertaire n°1800 de novembre 2018

Les enfants soldats, nous n’aimons pas trop en parler. Parce que dans nos contrées, l’enfance c’est un peu sacré, c’est un peu un moment sensé être joyeux. Même si ce n’est pas totalement vrai, que des horreurs arrivent ici aussi, nous avons quand même du mal à imaginer nos bambins une armes en bandoulière et tuant des gens.

Pourtant, il existe 20 pays où officiellement, du moins sans que cela ne dérange trop, des enfants sont enrôlés dans l’armée ou dans des groupes armés. Les voici : Afghanistan, République centrafricaine, République Démocratique du Congo, Irak, les territoires palestiniens, Liban, Libye, Mali, Birmanie, Somalie, Soudan du Sud, Soudan, République arabe syrienne, Yémen, Colombie, Inde, Nigéria, Pakistan, Philippines, Thaïlande.
Cette liste n’est bien entendu pas exhaustive, car certaines situations ne sont pas connues.

Oui, dans le monde, des adultes n’ont aucun scrupule à envoyer des enfants à la guerre. Selon l’UNICEF, le recrutement peut commencer à l’âge de 7 ans. Vous avez bien lu.
Contrairement à une idée reçue, le « garçon africain à la kalachnikov » n’est pas le seul à être enrôlé. C’est plus de 20 zones de guerre (en lien avec les

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[Dans le ML] Portraits croisés

article extrait du Monde libertaire n°1799 d’octobre 2018

Je m’attendais à ce que les libertaires fassent de la question du vieillissement l’un de leurs sujets de prédilection. Comment, en effet, rester autonome jusqu’au bout, lorsque l’on devient dépendant ?

Comment respecter la liberté de nos proches lorsqu’on les accompagne, lorsque l’on devient l’un ou l’une de ces « aidant.e.s » ? L’expérience du vieillissement, du nôtre comme de celui des autres, interroge le cœur de l’idéal anarchiste : l’autonomie. Pourtant, la littérature sur le sujet paraît bien pauvre. À l’exception de l’excellent ouvrage de Suzanne Weber (Avec le temps, Les Éditions libertaires, 2005), de quelques revues (notamment Labordage, revue critique de l’âgisme) et d’expériences militantes (comme celle des Babayagas), la liberté à l’époque du grand âge n’a que peu intéressé celles et ceux qui ont tant écrit sur l’autonomie dans l’enfance. Sans doute le vieillissement récent de la population y est-il pour quelque chose ; sans doute aussi l’invention – tout aussi récente – de la « retraite » a-t-elle profondément modifié notre rapport au temps qui passe. Nous mourrons de moins en moins au travail, laissant la place à une période béante.

Bredouille, je m’en suis retournée vers les anciens qui me sont chers. Ils ont beau penser
qu’anarchie signifie désordre et attentats, du fond de leurs fauteuils ils ruminent des questions essentielles, soulèvent des pistes dont les libertaires doivent se saisir. Anselmo a 88 ans. Il est l’un de ces rares représentants d’une organisation familiale dite « traditionnelle ». Arrivé d’Italie à l’âge de 17 ans, ouvrier agricole, il vit à Marseille, entouré de ses enfants et de ses petits enfants, dans la ferme qui l’a employé à son arrivée en France. Au fil des ans les granges se sont changées en appartements, chacun trouvant son intérêt à cet habitat collectif multi générationnel. À l’étage vit sa fille, Sylvie. À soixante
ans, elle pensait goûter aux joies de la retraite. Mais le temps manque, son père est vieux. Elle fait le choix de s’occuper de lui. Je retranscris ici ce qu’ils ont bien voulu me raconter, un matin de mois d’août à Marseille.

Vieillir, qu’est-ce que c’est ?

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