Le nouveau Monde Libertaire 1789

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EDITORIAL – ML n°1789

L’anarchie : l’ordre sans le pouvoir.

Nul doute que ce mode d’organisation horizontal toucherait à l’ensemble des aspects de la société : des loisirs au travail, de l’éducation à la place de l’art, des sexualités à la gestion de la violence et de la criminalité etc.

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COMMUNIQUÉ SUR L’ATTENTAT DE SAINT-ÉTIENNE-DE-ROUVRAY

Plusieurs groupes de la Fédération Anarchiste on signé ce communiqué, auquel le groupe Graine d’Anar s’associe.

27 juillet 2016 Dans une église de Haute-Normandie, deux hommes se réclamant de Daech ont égorgé un prêtre et blessé grièvement une autre personne, le 26 juillet 2016.

La « classe politique » unanime appelle à faire bloc, la droite se contentant de réclamer encore plus de mesures répressives. Et ainsi celle-ci veut augmenter un arsenal policier et juridique liberticide. Par des déclarations d’intention guerrières, Hollande annonce qu’il mènera par tous les moyens la guerre contre l’État islamique. Ce qui permet aux marchands d’armes français de conforter leurs finances grâce à une économie de guerre : les revenus liés aux ventes d’armes par la France n’ont jamais été aussi élevés. La prétendue « guerre de religions » qui se déroule au Proche-Orient est en train de mettre en place en Occident une stigmatisation qui attise la haine contre l’ensemble des populations musulmanes ou considérées comme telles. Il ne fait pas de doute que cette stigmatisation est l’un des objectifs poursuivis par Daesh, qui cherche à rallier la population musulmane à ses vues.

Mais nous n’avons pas à faire à une « guerre de religions » entre musulmans et chrétiens, mais aux conséquences à la fois d’une politique étrangère impérialiste et post colonialiste et d’une politique intérieure socialement catastrophique.

On oublie de dire qu’à l’échelle mondiale, en terme de morts, ce sont les musulmans qui sont les principales victimes du fondamentalisme salafiste ou wahhabite.

Naturellement, Hollande se garde bien de dire que l’intensification des interventions guerrières à l’extérieur est l’une des premières causes des attentats car c’est là un prétexte à la surenchère sécuritaire à l’intérieur qui a permis, pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, l’instauration de l’état d’urgence, et qui justifie aujourd’hui la mise en place de la « réserve opérationnelle ». Une manière insidieuse de réintroduire une sorte de conscription et une forme de volontariat.

Des fanatiques abrutis de propagande s’attaquent à une église, à d’autres dieux en s’imaginant prouver la primauté du leur ! Nous autres, anarchistes, refusons toutes les religions, nous condamnons toute vision spéculative qui veut s’imposer par la violence.

Nous gardons à l’esprit que Dieu n’existe pas, que les religions et les faits religieux ne sont que des outils pour nous asservir, et nous répondons à leur haine par la seule chose qui nous soit réellement acquise : la raison ! Ni spiritualisme religieux, ni autoritarisme !

Ni Dieu, ni Maître !

Fédération anarchiste. Groupes Poulaille, Aubenas, Botul, Liaison Metchnikoff 04, Gaston-Leval.

COMMUNIQUÉ ATTENTAT 26 juillet

Chronique ZAD

 

Des infos de la ZAD de Roybon en Isère contre le projet d’un Center Parcs :

« Ce matin du 5 novembre, réveil brûlant: l’atelier attenant la Maquizad est en flammes. Les personnes qui dormaient à l’étage à côté de l’atelier ont été les premiers-ères à réagir. Les seaux d’eau ne servaient déjà plus à rien à ce stade-là, les pompiers ont été prévenus par nos soins vers 6h (nous apprendrons plus tard que les voisins les avaient déjà prévenus une demi-heure plus tôt). 6h30: ils arrivent, une heure après le premier appel… Les flammes ont déjà attaqué la charpente du lieu de vie. Gendarmerie nationale et PSIG arrivent une demi-heure après, et brigade criminelle vers 10h30-11h. L’électricité a fonctionné jusqu’à ce que les agents d’EDF la coupent, vers 7h: pas de supposition donc de problème électrique à l’origine de l’incendie.

Le brasier était énorme et visible de loin, et c’est grâce à la réactivité de chacune et chacun que nous n’avons ni mort ni blessé à déplorer. Sans avoir de preuves, nous craignons qu’il s’agisse d’un acte criminel avec l’intention d’attenter à la vie des habitant-es. Cela nous rappelle malheureusement le cocktail Molotov qui a enflammé une cabane en février dernier. Nous redoutons que les analyses concluent à une insalubrité du lieu qui constituerait un prétexte d’expulsion: ça a été le cas après des incendies volontaires dans de nombreux squats en France.

Nous avons besoin d’être uni-es aujourd’hui. Concrètement, nous avons perdu la plupart de nos outils, de notre matériel d’isolation, bois de chauffage, etc… Le 18 décembre reste une date importante, mais n’oubliez pas toutes celles qui la précèdent: les chantiers ne pourront se faire sans le matériel, les outils et l’énergie positive de chacune et chacun! N’hésitez pas à nous joindre sur le numéro de l’infoZad. »

Au niveau juridique, Pierre et Vacances a fait appel par rapport à la décision juridique d’annulation des travaux rendue le 16 juillet à Grenoble.

Le 18 et 19 Décembre, un week-end de rencontres aura lieu sur la ZAD avec chantier, chants, châtaignes et autres !

Plus d’infos ici

Jean Meslier, athée, profession: Curé

« Jean Meslier, athée, profession : Curé »

de Gilles Rosière et Bernard Froutin

Editions libertaires.

En imaginant un dialogue entre le curé Jean Meslier et un de ses confrère, Henri Chatelet, cette pièce de théâtre permet de découvrir celui qui fut le premier penseur de l’athéisme, et le premier à en offrir une théorie achevée.

Jean Meslier (1664 – 1729), curé dans l’archevêché de Reims, consacra les 6 dernières années de sa vie à l’écriture de sa pensée avec un recul et une liberté incroyables au début de ce XVIII° siècle ou la religion est omniprésente, et alors qu’il est lui-même sous les ordres de celle-ci.

Une critique radical des religions et de toutes les superstitions qu’il dénonce comme des outils pour abuser les peuples.

Révolutionnaire avant l’heure, le curé Meslier parle de la propriété privée, qui pour lui est l’origine et la cause de l’inégalité et de l’oppression.

Précurseur, il évoque dès 1700 la gréve général comme une arme révolutionnaire, il critique le mariage et fait l’apologie de l’amour libre !

Féministe, il parle des femmes que « l’Eglise condamne au bûcher pour sorcellerie, pour des bagatelles, sur de simples ouï-dire,pour le seul fait d’avoir résisté à un homme, ou d’être une « faiseuse d’anges » », tout en soulignant que « ce n’est pas une exclusivité de l’église. Et les autres religions ne sont pas en reste, qu’elles soient mahométane ou indienne, c’est en leur nom qu’on méprise, condamne, mutile et lapide les femmes… Dans la religion juive, la journée de tout homme juif et bon commence par la récitation de cette prière : « Loué soit le seigneur Dieu de ne point m’avoir crée femme ».

De même il démonte les miracles et le mythe de l’âme avec intelligence et malice, évoquant tous les cultes « du mensonge des religions chrétiennes, juives ou mahométanes, porté par toute cette sainte engeance de prêtres, pasteurs, popes, papes, muftis, rabbins, abbés, évêques… » : toutes sont des créations humaines uniquement faites pour appuyer le pouvoir et laisser le peuple dans l’ignorance.

Antiautoritaire, il dénonce les affinités entres tous les pouvoirs, de l’archevêque au magistrat en passant par les princes.

Antiautoritaire, anticlérical, féministe, libertaire… N’en jetez plus !

Bien évidement, cette pièce n’est qu’une approche et ne vaut pas, en quantité d’informations, de démonstrations, ses mémoires, néanmoins la forme vivante du dialogue met en lumière un travail philosophique d’une étonnante actualité.

Jean-Yves,

Groupe Graine d’Anar, Lyon.

« Hommes en guerre » De Andreas Latzko – Editions Agone

tn_couv-homme-en-guerre« Hommes en guerre » raconte l’humain au milieu d’un monde à feu et à sang. A hauteur d’hommes, nous faisant ressentir jusqu’à l’écoeurement qui saisit les tripes dans l’horreur de la guerre.

Ecrivain­ journaliste né à Budapest (Hongrie) en 1876, Andreas Latzko a servi durant un an dans l’armée d’Autriche­Hongrie en tant qu’officier de réserve volontaire de la Ersatzheer. La Première Guerre mondiale l’appellera sur le front de l’Isonzo, fleuve dont le trajet parcourt l’ouest de la Slovénie et le nord­est de l’Italie, et qui sera le théâtre de la majorité des nouvelles qui composent « Hommes en guerre ».

Gravement blessé en Italie, et victime de la malaria, il entre en convalescence à Davos (Suisse) à la fin de l’année 1916, ou il rédigera son œuvre majeur. Il s’installera ensuite à Berlin ou il continuera son travail d’écrivain. A l’arrivé d’Hitler au pouvoir , les livres de Latzko, considérés comme antipatriotiques et contre nature, sont brûlés lors autodafés. Il meurt à New­York en 1943.

« Hommes en Guerre » nous plonge dans l’horreur de la « grande guerre » au travers de six nouvelles toutes plus édifiantes les unes que les autres. La force de ce livre repose sur la capacité d’Andreas Latzko à nous immerger dans l’intime et les tourments d’individu.e.s…

Il interroge la réaction de celles et ceux resté.es à l’arrière qui, loin d’être révolté.es par la guerre sont au contraire fier.es, presque heureux.ses de voir leur frère, leur fils, leur père partir mourir pour la patrie ! Des sentiments exprimé à la face même de ceux qui rentrent, en permission ou éclopés.

S’ensuit l’inhumanité qui habite chaque gradé, chaque bourgeois resté au chaud, déléguant la défense de leurs intérêts aux les plus démunis envoyés mourir comme des chiens… Et encore, réserverait­on cela à des chiens ?

Une approche ­ et une interrogation ­ de la folie nous est offerte par une nouvelle aux dialogues ciselés et habiles : « Qui est le fou ? » Celui qui rentre malmené des combats ou celui qui l’y a envoyé mourir ?

La dernière nouvelle, le « retour au pays » d’une gueule cassée, est d’un réalisme cru. Ou personne ne reconnaît le survivant qui a perdu jusqu’à son visage et qui découvre que l’entreprise qui l’embauchait est maintenant plus que fleurissante, trouve sa petite amie dans les bras de son ancien patron, tandis que lui, l’ex « beau gosse », est désormais relégué au même rang que ce bossu dont il se moquait avant son départ… La lutte des classes dans toute sa splendeur.

Un ouvrage trop longtemps interdits (des dizaines d’années en France), plaidoyer en faveur de l’anarchisme et de l’antimilitarisme : sachons nous en saisir. Guerre à la guerre.

Jean-­Yves et Fab

Groupe Graine d’Anar

Blasphémateur !

Blasphémateur !
Les prisons d’Allah
de Waleed Al-Husseini
Editions Grasset

blasphemateurNé en Cisjordanie « au sein d’une famille musulmane conservatrice, dans un environnement pieu, bien que modéré », Waleed Al-Husseini nous livre à travers cet ouvrage le récit poignant de son combat pour une liberté dont il a chèrement payé le prix.

C’est qu’il ne fait pas bon être libre penseur en terre d’islam…son athéisme revendiqué trop ouvertement dans un pays qui se prétend pourtant laïc éloignera Waleed de ses amis, de sa famille, l’isolera tant affectivement qu’intellectuellement…et finalement le conduira droit en prison pour blasphème,crime d’apostasie et activisme anticlérical, ou il vivra un calvaire de onze mois de torture, privation de nourriture, pression, mensonges…

Plaidoyer enflammé pour la liberté et l’émancipation, Blasphémateur ! est aussi une grande claque à la circonspection timorée de ceux qui voudraient que l’on exonèrât les religions de leur perversité intrinsèque pour ne condamner que les « extrémistesé ; tout autant qu’un remède salutaire à la vision parfois trop manichéenne que l’on peut avoir de la Palestine, terre opprimée, mais aussi rongée par les conflits internes, la collision des pouvoirs et l’emprise grandissante du religieux.

On regrettera peut-être que Waleed, aujourd’hui réfugié en France fasse ici abstraction de l’utilisation de l’Islam par les dirigeants politiques de gauche comme de droite, qui attisent alternativement haine ou communautarisme selon le besoin du moment.

Néanmoins, anticlérical convaincu, porteur d’une critique acerbe de sa religion de naissance, Waleed Al-Husseini ouvre une piste pour un vivre ensemble réel au Moyen-Orient, et partout dans le monde : l’instauration de la laïcité. Une idée qui n’est pas neuve mais qui a fait ses preuves en terme de capacité à éviter que l’intemporel ne prenne le pas sur le temporel.

Jean-Yves, Groupe Graine d’Anar’, Lyon

et H.D.