[Dans le ML] Valse en #

(Texte issu du Monde Libertaire numéro 1793. Abonnez vous !)

Février 2018

La période que nous venons de traverser est intéressante. La parole se libère sur les réseaux sociaux du fait du # (hashtag en anglais, mot dièse en langue de JoeyStarr) #balancetonporc ou avec le un peu plus policé et pas réellement identique #metoo (moi aussi). Nous le voyons, le retentissement médiatique est important. Sans doute pour plusieurs raisons.

D’abord parce que cela fait le « buzz » comme on dit. Nous le voyons bien, la télévision suit aujourd’hui les tendances du net. Pas un seul journal sans son espace « réseaux sociaux ». Pour le meilleur (comme dans le cas de la parole des femmes qui se libère) que pour le pire (comme avec les vidéos lol cats – chats marrants – les plus partagées). La vague #balancetonporc-#metoo ouvrant enfin les vannes d’une parole trop longtemps enfermées ou négligées et permettant de mettre en avant enfin le besoin continue de féminisme dans notre société, ne pouvait qu’intéresser les médias de masse. Pensez donc : #metoo se retrouve en tête des partages sur Twitter (nouveau baromètre de la lutte dans le monde) et de Facebook (nouveau lieu de la revendication dans le monde). Et puis il y a le scandale et le scandale fait vendre : mettre en Une la tête de quelques ordures ne peut qu’être positif pour l’audience. Du coup, ces médias de masse deviennent des alliés de circonstance de cette vague, mais sans doute pas pour les raisons militantes que nous pourrions espérer ou leur prêter.

Ensuite, c’est aussi le propre des réseaux sociaux. Comme ils fonctionnent à coup de « moments hauts », autrement dit de buzz, ce genre de moments de révélations intenses rapportent énormément à tous ces réseaux. Ce sont avant tout des réseaux commerciaux ayant pour ressources l’audience des personnes qui les consultent et les utilisent, et les données personnelles de ces dernières. Chaque conflit dans le monde est une aubaine pour Facebook, Twitter et autres dans cette société où l’indignation permanente (« merci » monsieur Hessel) a remplacé l’engagement. S’indigner ne coûte pas très cher : nous lisons ou regardons une vidéo, nous sommes choqués, nous partageons pour dire de faire quelque chose, et la dopamine dans notre cerveau lance un énorme sentiment de satisfaction, alors qu’au fond nous n’avons pas fait grand-chose.

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Le nouveau Monde Libertaire 1793

Il est sorti et il est tout chaud, le nouveau numéro du Monde Libertaire !

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Et le Monde Libertaire est un bi-média : le journal papier et le site internet !

Bonne lecture !

ÉDITO DU ML N°1793

HYMNE DES FEMMES

Hymne des femmes (1971)

Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir.

Debout femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées.

Debout femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Seules dans notre malheur, les femmes
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes
Et de nos soeurs séparées.

Debout femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Le nouveau Monde Libertaire 1792

Le voilà il est disponible le numéro 1792 ! Vous le trouverez en commande chez Publico et dans divers lieux ! Mais le plus simple : abonnez vous !

Édito – le CRML 03
TERRAINS DE LUTTES :
Communiqué de la FA sur Notre-Dame-Des-Landes (Autogestion) 04
Paulo Freire par Irène Pereira, Hugues Lenoir (Education) 05
Les mutilations sexuelles féminines, Hélène Hernandez (Luttes anti-sexistes) 07
Les migrants indésirables dans Paris « gentrifié » (Antidiscriminations) 09
Israël, le pays où l’on reparle de l’action directe, Jérôme Segal (Débat) 10
Défense de l’élevage paysan, Confédération Paysanne (Débat) 13
Cuisine anarchiste, Interview à Francesco Scatigno par Monica Jornet (Débat) 15
(A)NTRE ANARS
Chronique néphrétique : « Fake news » toi-même !, Rodkol 18
Méluche au combat, Christian 19
Grenade!, Bâtard le Chien 20
Non à la « réforme » du Bac !, Fédération Anarchiste Liaison VIE A (Tract) 21
PASSE-PORTS
Le terroriste c’est l’État, Federación Libertaria Argentina (Presse internationale) 22
Le butin des partis politiques et leurs petits arrangements, Berumen (Presse internationale) 24
La mémoire historique, la mairesse et l’évêque, Alfredo González (Presse internationale) 26
Un peu démon, un peu chanteur, Interview à Alessio Lega, Monica Jornet (Presse Internationale) 27
La vie privée est un droit, Naples (Affiche) 32
Grèce/Turquie : Je t’aime, moi non plus !, Ilios Chally (International) 33
Arundhati Roy, une militante en Inde, Pierre Sommermeyer (International) 36
Emma Goldman et l’agonie de la révolution russe, Patrick Schindler (Histoire) 38
IN-CULTURE
Y a-t-il des femmes compositeurs, Christian (Musique) 40
Blasphème à l’Opéra-comique, La Fiotte noire (Musique) 41
Nous, les enfants de Diogène, P.S. (Littérature) 43
Au coeur du rêve, Thierry Guilabert (Bande-dessinée) 44
Agenda Cinéma, Christiane Passevant (Cinéma) 45
Enquête au paradis, Christiane Passevant (Cinéma) 46
La crème de la crème sur RL (Médias) 48
Ton oeil dans la lucarne de Zazoum, Zazoum Tcherev (Spectacles) Les samedis de la chanson, Librairie Publico (Evénements) 51
FA.GROUPES & LIAISONS 52
B.D. à suivre Vive La F.A.R.C.E de Manolo Prolo 54
Dessin politique de Chantal Montellier 55

 

Edito :
DÉLIRES DE L’INFORMATION : « RUN FOREST… RUN ! »

Après la courte trêve des confiseurs de la fin d’année, 2018 a commencé sur les chapeaux de roue, les journalistes de la « presse lambda » sautant sur tout ce qui bouge pour en faire leurs choux gras.
Ils naviguent à vue, au jour le jour, et si jamais « il ne se passe rien de sensationnel », ils ne sont jamais à court d’imagination. A défaut, ils peuvent toujours avoir recours aux délires issus des réseaux sociaux. Difficile de s’y retrouver. Commençons par l’information « en dur ». En ce début de 2018, donc, les journalistes d’État n’ont pas manqué, -à peine les « consultations » au sujet de l’aéroport de NDDL étaient bouclées par le gouvernement du DRH de la France, le « premier de cordée »-, de se précipiter à annoncer la mort programmée de la ZAD. C’est comme si les « quelque 13.000 militaires spécialisés (109 escadrons) disposant d’un arsenal conséquent » (sic) avaient déjà balayé ce lieu de vie qu’un gouvernement -propre sur lui- ne saurait voir… Dans la foulée sécuritaire, les médias léchant les bottes du pouvoir n’ont pas manqué non plus de faire un compte-rendu « honnête », concernant le gendarme assassin de Rémi Fraisse, qui a été blanchi par la justice sans que cela ne provoque plus que ça de remous ni de commentaires. Mission accomplie ! Et puis, heureusement pour agrémenter l’affiche, il y a eu le « vilain raciste » de Trump qui a insulté les pays africains, les traitant de « pays de merde ». Sur ce point, la « bonne presse » était unanime : il s’agit d’un salaud. C’est sûr que dans notre « bonne France des droits de l’homme », il n’y a pas plus de racistes que de salauds…

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Le nouveau Monde Libertaire 1791

Après quelques mois d’arrêts, conséquence du fonctionnement de ce journal fait par des militants et maintenant qu’une nouvelle équipe est en place, voici le nouveau Monde Libertaire.

N’oubliez pas que le Monde Libertaire est un « bi-média ». Le format papier complète le format électronique, et vice et versa !

Dans ce numéro, des rubriques réflexions, des coups de gueule, de l’international, en gros, de quoi aiguiser notre vision du monde !

Et n’oubliez pas de vous abonner pour soutenir ce journal qui en a bien besoin !

 

Libérons nos intimes !

La propriété c’est le vol ! L’abolir est une urgence ! Quand cela concerne le patron, l’État, les biens religieux, c’est une évidence. Et concernant celles et ceux qui partagent nos vies, dans nos relations appelées amoureuses ? Propriété ? « Mon » ou « ma » chéri.e … L’autre nous appartient ?

Ce qui va suivre doit se lire dans des relations égalitaires. C’est une divagation interrogative sur les relations amoureuses, sexuelles, parfois liées ou pas. Mais aussi sur la notion de cellule amoureuse, au sens « couple » comme il est entendu majoritairement dans le monde actuel.

Si quelques autrices et auteurs anarchistes se sont penché.e.s sur le couple, le mariage et ce qui peut en découler, force est de constater qu’aujourd’hui le sujet est rarement remis sur la table et que nous nous accommodons bien facilement d’une norme étriquée pour ce qui est de la vie sentimentale et sexuelle. Un peu comme si rien n’était politique dans l’intime. Oui, nous ne séparerons pas ici les deux comme si l’une n’avait pas d’incidence sur l’autre.

La norme, c’est le couple uni, fidèle et exclusif. Et nous pouvons déjà noter que ces notions peuvent s’interroger.

Uni, tout le monde pourra mettre derrière ce qu’il veut. Cela ira du fait de tout faire ensemble et de ne jamais laisser l’autre trop loin trop souvent, à la notion d’entraide quand quelque chose arrive au sein du couple ou à l’une des deux personnes. Vous l’aurez compris, nous penchons pour la notion d’entraide et de bienveillance plutôt que celle de proximité permanente.

Fidèle c’est là aussi très subjectif. Cela peut aller d’une fidélité d’esprit, s’interdisant donc de penser, aimer ou encore de désirer toute autre personne que celle aimée. Ou au contraire vers une notion plus libre où nous pouvons penser, aimer, désirer une autre personne en plus de l’être aimé, dans une fidélité aux règles fixée ensemble. Là aussi, c’est la dernière conception qui aura notre préférence.

Exclusif s’entend souvent par la notion de n’avoir de rapports sexuels qu’avec la personne aimée, censée être l’Alpha et l’Omega de tous nos désirs, envies et plaisirs. Cela peut aussi s’entendre comme étant une norme trop enfermente, étriquée et qui nous prive de plaisirs et d’expériences. C’est comme cela que nous l’entendons.

Alors, vous allez nous dire « Mais comment est-ce possible de construire quelque chose de solide dans ces conditions-là. En fait, c’est deux égoïstes qui se supportent au final ». Et vous auriez raison de vous poser la question, moins d’ériger cela en jugement. Nous vous proposons quelques pistes et réflexions dans ce qui suit.

D’abord, sur la notion de liberté. En tant qu’anarchistes, comment pouvons-nous mettre une barrière à la liberté de l’autre ? Surtout si notre liberté s’accroît lorsque celle de l’autre grandit !
Tout doit donc être discuté entre les protagonistes, posé calmement. Et ce sur la longueur, pas une fois comme ça et hop tout est dit pour la vie ! Genre un serment devant un autel…
Chaque personne peut évoluer et il est donc important de régulièrement poser les choses, savoir où nous en sommes, s’interroger sur ce qui nous unit. Prendre en effet le risque d’entendre quelque chose qui peut nous déplaire, comme l’idée que finalement, plus rien ne nous soude. Mais c’est surtout un moyen de corriger si besoin la relation, de la renforcer et de la rendre plus vivante. Car comment croire que nos envies, communes ou personnelles, seront les mêmes sur des dizaines d’années ? Qui n’a jamais découvert qu’il adorait finalement la musique classique après avoir écouté du punk exclusivement pendant des années ? Cet exemple est valable pour tout finalement ! Qui plus est pour des êtres sociaux dont est composée l’humanité !

Sur la sexualité, nous savons que le sujet est souvent le plus tendu. Pourtant, il devrait être simplifié. Il faut sortir des tabous habituels et oser tout poser sur la table. Ses envies, ses désirs, ses pratiques, ses fantasmes. Et savoir aussi entendre sans les juger ceux des partenaires. Ensuite, ne pas oublier que le corps de l’autre ne nous appartient pas, et qu’il ou elle en a la jouissance et la liberté totale. C’est à ce moment-là que se pose la question de l’exclusivité. Comment pouvons-nous, par exemple, demander à la personne que nous sommes censés respecter le plus de ne pas vivre pleinement ses envies sexuelles sous prétexte que nous serions ensemble ? De la même façon, nous n’avons pas à nous plier de pratiquer toutes les envies de l’autre. Pour nous, la seule réponse à cette équation, et la tentative d’une vie épanouie, passe par le fait de laisser à l’autre et à soi la latitude de vivre sereinement les choses.

C’est là que la notion de confiance se pose. Pour que tout cela fonctionne, il faut qu’elle existe réellement. Certaines personnes vont avoir besoin de tout savoir pour se sentir bien, d’autres n’aiment pas l’idée de tout dire, etc… C’est donc bien au cours de dialogues, parfois longs, que les choses vont s’affiner et se poser. Que des règles communes de vie se mettront en place et seront aussi parfois rediscutées, changées, améliorées.
Par exemple, dans un couple que l’on dit « libre » (notez donc que les autres sont des couples prisons selon le langage), si une des personnes décide de rester boire un verre avec une connaissance et qui sait un peu plus, des règles de vie simples peuvent éviter des drames auprès de l’autre. Car ce qui nous fait le plus stresser c’est l’imprévu. A l’heure des smartphones, un petit message pour signaler que l’on rentrera plus tard, avec la raison décrite selon les limites fixées, permet d’éviter tout stress. Et aussi de libérer le temps de l’autre, qui lui ne va pas passer sa soirée à attendre comme un chien attend son maître !
Mais cela peut être vu comme un délai un peu court pour prévenir l’autre et lui laisser le loisir d’organiser du temps à lui si le couple vit sous le même toit. C’est là qu’il faut savoir se fixer des règles communes pour éviter de débarquer au mauvais moment, d’empêcher quelque chose de se passer ou d’agir contrairement à l’idée de liberté recherchée. Certain.e.s par exemple refusent la mise devant le fait accompli, et préfère des choses plus planifiées. C’est en fait à chacune et chacun, et à chaque couple, de trouver son équilibre.

Et la jalousie vous allez nous dire ? La jalousie est d’abord une émotion liée au manque de confiance en soi. Oui vous lisez bien, pas en l’autre, en soi. Comme toutes les émotions, elle se contrôle. D’abord, nous le pensons sincèrement, par le dialogue. Le fait de poser les choses permet d’éviter les frustrations et les manques de respect qui pourraient venir amplifier le mal être. Ensuite, le fait d’oser se libérer renforce la confiance en soi, de façon assez étonnante. Oser aimer, désirer, séduire, flirter est extrêmement valorisant. Au final, d’ailleurs, tout le monde y gagne ! Bon, ne nous mentons pas, par moment, la jalousie est difficile à contrôler totalement. C’est là qu’il faut avoir des dérivatifs : prendre soin de soi, se faire plaisir, aller au cinéma, bouquiner, se plonger dans autre chose, etc… Assez vite, cela passe et ce n’est pas plus douloureux que cela. Après tout, si nous pouvons surmonter des deuils, ce n’est quand même pas la jalousie qui va nous terrasser.

L’égoïsme invoqué pour rejeter la liberté est par contre assez étonnant. Quand nous y réfléchissons, comment ne pas voir qu’il est bien plus égoïste de considérer l’autre comme « sa propriété » que de lui laisser toute liberté et de recevoir du coup un amour sincère et dénué de toute ambiguïté ? Si l’autre est « sa chose », « son du » ou que savons-nous encore, il ne semble plus réellement libre. La chosification de l’autre ne peut être viable. Sauf dans des pratiques consenties évidemment.

De même, comment penser que l’amour serait un truc qui n’est pas extensible et qu’il ne serait possible de n’aimer qu’une seule personne à la fois ? N’avons-nous pas plusieurs ami.e.s ? N’avons-nous pas plusieurs personnes que nous préférons à d’autres dans nos familles ? En quoi cela serait-il différent pour l’amour que nous ressentons pour d’autres et qui nous lie à eux ? Que ce soit sentimentalement ou sexuellement d’ailleurs.

Nous n’allons pas vous mentir : sortir des sentiers battus et des normes sociales n’est jamais aisé. Et cela ne se fait pas en un claquement de doigts. C’est, comme pour toute réflexion à contre-courant d’une société, elle demande du temps, de la conviction et de l’envie. Mais elle ne peut être mise de côté sous prétexte que ce serait trop difficile. Parce qu’après tout, cela est bien plus simple que d’abattre le capitalisme !

Nous pouvons vous conseiller la lecture de quelques livres qui aident à se forger une opinion.

D’abord « La Salope éthique » de Dossie Easton et Janet W. Hardy. Véritable guide du bien vivre libre, ce livre secoue et remet bien des choses en question. Il est, pour nous, un incontournable.

De la même façon, le livre « Refuser d’être un homme » de John Stoltenberg, pour ce qu’il apporte de dimension anti-autoritaire et contre le machisme ambiant est plus que nécessaire pour se défaire des constructions sociales et pour tuer le patriarcat.

Autre livre intéressant, « de l’amour » de Raoul Vaneigem, pour un traiter savant de l’amour vue par un anarchiste. Ou encore « D’espoir et de raison » qui regroupe les textes de Voltairine de Cleyre, dont certains sur le mariage, la liberté et l’amour sont d’une intense actualité.

Et aussi un article de la revue Réfraction, de la plume de Luce Turquier, intitulé « De la liberté en amour », facile à trouver sur le net. Il apporte des sources fiables autour des notions de liberté. Il replace aussi de façon historique les choses pour comprendre en quoi la liberté individuelle est révolutionnaire.

Vous l’aurez compris ce texte n’est qu’une ébauche autour de la notion de liberté dans l’intime. Il n’a pas vocation à être exhaustif et n’est là que pour soulever quelques pistes et en ouvrir d’autres. Reste que pour nous, difficile de viser un monde sans patries ni frontière si nos intimes ressemble à des prisons avec gardiens.
Une chose est claire : celles et ceux qui ont écrit ce que vous venez de lire sont des amoureuses et amoureux acharné.e.s de la liberté, et qui savent aussi que parfois, c’est compliqué.

Fab et Jean-Yves du groupe Graine d’Anar (Lyon) et des ami.e.s

Nous sommes des graines, prêtes à germer

À Lyon, la situation politique est compliquée. Ville bourgeoise, où la militance est plutôt réactionnaire, elle n’offre pas, de prime abord, une place de choix aux idées anarchistes. De plus, nous assistons à une gentrification de ce qui était autrefois des quartiers populaires, où nombre de squats existaient, comme à la Croix rousse ou la Guillotière. Il y a également un grand nombre de groupes ouvertement fascistes, qui sont de plus en plus prêts à en découdre (plusieurs attaques ont eu lieux lors des dernières semaines).

Le premier objectif quant à une lutte anarchiste, pour les membres du groupe Graine d’Anar de Lyon, est de ramener la politique dans la vie d’un maximum de gens. De leur faire découvrir cette idée (ou plutôt philosophie) sans dieu ni maître. Contre le vote, nous proposons des espaces de discussion, car si les mots sont les premiers outils de la compréhension de notre monde, leur échange est primordial pour en explorer d’autres, sortir de ses ornières, voir qu’il peut exister un autre moyen de s’organiser, de lutter et de vivre. D’ailleurs, nous fonctionnons au consensus, ce qui est déjà une drôle d’exception dans nos milieux. Et surprend souvent.

Nous sommes (malheureusement) très loin d’une révolution anarchiste, l’heure est plutôt à la réaction, mais ce travail de propagande nous permet de « semer des graines » comme on dit, qui un jour peut être germeront. Cela prendra des années sans doute, ou peut être moins suivant les personnes que nous arrivons à toucher. Ce travail d’éducation populaire que nous partageons tous, n’est pas le seul, mais il est au cœur de notre vision de l’anarchie.

Certains membres du groupe luttent aussi dans les entreprises, où l’exploitation siège en reine, en rejoignant des syndicats. Là aussi diffuser les idées anarchistes pour retrouver un syndicalisme révolutionnaire puissant pouvant entraîner une grève générale nous semble un des enjeux d’une éventuelle révolution anarchiste.

D’autres participent aussi à la défense des ZAD, terrains d’expérimentations anti-autoritaires (pour la plupart), montrant qu’il est possible de vivre autrement, en prenant en compte les positions de chacun, de parler afin de trouver un consensus, et cela même au sein d’une assemblée avec des sensibilités politiques très différentes. De l’anarchisme organisationnel en acte.

Notre anarchisme ne s’arrête d’ailleurs pas à l’organisationnel. Nous savons toutes et tous que ne peut se rapprocher de l’anarchie que l’individu.e capable de dépasser les oppressions. De les combattre dans sa vie et dans ses rapports aux autres.

L’individu.e avec les autres, contre la société de l’individualisme triomphant. Ainsi, les luttes contre les oppressions sont constantes pour nous, dans la vie de chacune et chacun. Nous savons par exemple qu’il ne peut y avoir de société autogérées si l’une ou l’un de ses membres ne jouit pas des même libertés que les autres. Nous savons que tout s’interroge, de l’intime (couple, mariage, sexualités, croyances) aux modes de décisions collectives. Que tout est lié et que contrairement à la vision capitaliste (étatique ou mondialisée) de la vie, tout ne passe pas que par l’organisationnel. Mais aussi qu’il ne faut pas attendre la révolution pour changer ce qui peut l’être aujourd’hui !

Pour nous, l’anarchie est un horizon à atteindre, mais qui s’éloigne à chaque fois qu’on s’en rapproche (comme le disait Malatesta). La société idéale n’existe probablement pas, mais on peut essayer de se donner comme objectif d’atteindre cet idéal, afin de contrer ce vote du « moins pire » qu’on nous impose, cette vie du moins disant permanent. La prise de conscience que le pouvoir, quel qu’il soit, est maudit est un premier pas vers l’anarchie. La prochaine étape est de s’organiser, afin de faire exister une réalité anarchiste, même à petite échelle, par la création d’AMAP autogérées, de liens avec la paysannerie, de lieux autogérés, de vie militante où l’horizontalité est centrale par exemple, et de recréer des moments communs, des outils communs lors de la lutte, mais aussi de la vie de tous les jours. Surtout, toujours rechercher la convivialité comme outil pour vivre ensemble.

Oui nous avons eu de beaux moments dans l’histoire, comme au Mexique, en Espagne ou en Ukraine, tous écrasés par les autoritaires de tout poil. Ils doivent nous inspirer mais pas nous figer. Nous pouvons apprendre des bienfaits, et des erreurs, mais certainement pas sombrer dans une nostalgie malsaine, qui nous éloignerait du fait que l’anarchie, c’est la vie, partout, tout le temps.

Tout cela se fait évidement avec les envies des personnes qui participent, et ne peut donc pas être prévisible. Mais une fois les graines germées, il ne faut pas oublier des les arroser pour qu’elles grandissent, et deviennent anarchie !

Par le groupe graine d’anar de la Fédération anarchiste, Lyon

Mail : grainedanar@federation-anarchiste.org

Site : www.grainedanar.org