Soigner les symptômes plus que le mal : le Prix Nobel d’économie 2019

Réflexions sur l’économie expérimentale et le prix Nobel de Duflo, Banerjee et Kremer.

 

Tous les ans en Octobre est annoncé le « Prix Nobel » (Prix de la banque de Suède) d’économie. Si, et c’est désormais devenu un classique, il est normal de rappeler que ce prix émane d’un certain point de vue sur l’économie, généralement plutôt libéral, il demeure intéressant de s’intéresser aux lauréats pour observer la tendance de la recherche dans la discipline.

Cette année les lauréats sont Abhijit Banerjee, Esther Duflo et Michael Kremer. Pour les profanes ces noms ne disent peut-être rien, mais pour les économistes ils sont biens connus et ce prix n’est pas une surprise. En effet depuis les années 1990 l’économie connaît ce qu’on a pu appeler un « grand tournant expérimental ». Suite à des décennies d’évolution, avec notamment au début des années 1970 la réfutation de la théorie de l’équilibre général qui avait structuré la discipline pendant un demi-siècle ou encore la tendance des économistes à intégrer toujours plus de variables « réalistes » dans leurs modèles (normes, institutions, structures sociales, etc.), l’économie en tant que discipline a connu une croissance massive des études expérimentales. Cela a commencé avec les études en laboratoire suite à l’import de la psychologie comportementale en économie (ce qu’on a appelé behavioral economics), puis dernièrement avec l’import des processus d’expérimentation de terrain issu de la médecine (la evidence-based medecine). L’idée de ces nouvelles études est simple : à l’aide des procédés statistiques de la médecine expérimentale on peut isoler les résultats spécifiques à l’intervention des expérimentateurs, notamment par la sélection de groupes randomisés (choisis aléatoirement, de façon à neutraliser les différentes variables d’âge, de classe, de genre etc.). Ces méthodes ont été utilisées à grande échelle par Banerjee, Duflo et Kremer en économie expérimentale, notamment dans le champ de l’économie du développement.

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Le 17 décembre et tant qu’il le faudra !

La démission de Delevoye et les pseudos négociations proposées par le gouvernement ne doivent pas nous endormir : la destruction des retraites par répartition est toujours en cours !

Faisons de la journée du 17 décembre une journée de lutte forte et installons le rapport de force nécessaire non seulement au retrait de ce projet mais aussi pour nous donner les moyens d’imposer de nouvelles avancées pour toutes et tous !

Le groupe Graine d’Anar, membre de la Fédération Anarchiste, sera partie prenante dans les luttes en cours. En espérant que nous serons des millions dans la rue. Le 17 et plus s’il le faut !

Retrouvez ici l’argumentaire de la FA : 20191201 Depliant retraite FA 2019

Graine d’anar

Le 05 décembre 2019 et après, toutes et tous dans la rue !

Le groupe Graine d’anar, membre de la Fédération Anarchiste, prendra part aux initiatives prévues contre la destruction des retraites (appelée réforme par le gouvernement) et invite toutes celles et tous ceux qui le souhaitent à faire de même. Bloquons l’économie !

Nous savons par ailleurs que même avec le sauvetage de la retraite par répartition, ce ne serait qu’une petite victoire ! C’est pour cela que nous appelons à construire quelque chose de plus ambitieux pour aller vers la mort du capitalisme, du salariat et du travail !

Vous trouverez un argumentaire ici : 20191201 Dépliant retraite FA 2019

La lutte ne fait que commencer !

Graine d’anar, membre de la Fédération Anarchiste

Le 23 novembre manifestation contre les violences faites aux femmes

Le collectif Droits des Femmes organise une manifestation le samedi 23 novembre à 14h place Bellecour dans le cadre du 25 novembre, journée internationale contre l’élimination des violences faites aux femmes.

Nous sommes des millions de femmes à avoir subi et à subir encore des violences sexistes et sexuelles qui nous pourrissent la vie. Ces violences ne sont pas un hasard, elles sont issues du patriarcat qui est un système inégalitaire fondé sur un rapport de domination des hommes sur les femmes.
Nous sommes des millions à avoir été victimes et avoir vu ces violences abîmer nos amies, nos sœurs, nos voisines, nos amoureuses, nos mères, nos enfants ou nos collègues.

Dans l’espace public, à la maison, au travail, nous exigeons de vivre libres : ni sifflement, ni injure, ni menace, ni harcèlement, ni persécution, ni agression, ni coups, ni exploitation de nos corps, ni mutilation, ni viol, ni meurtre.
Nous dénonçons tout acte, parole, comportement qui porte atteinte à l’intégrité psychique et corporelle.
En tant que femmes, ces violences s’imbriquent et se cumulent pour certaines en raison de leur situation de handicap, de vulnérabilité, de leur âge, de leur origine sociale, de leur statut de migrantes, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur transidentité ou parce qu’elles sont racisées.

Les enfants sont aussi victimes de ces violences : co-victimes des violences conjugales, viols intra-familiaux, agressions sexuelles, prostitution infantile, pédo-pornographie…
Nous exigeons que les enfants soient protégé.e.s de ces violences.

L’ampleur des violences commises par les hommes sur les femmes doit cesser d’être ignorée.
La parole des victimes doit être entendue et crue. Stop à l’impunité des agresseurs. La solidarité avec les victimes doit être renforcée, des mesures réellement appliquées, des moyens (humains, financiers…) octroyés pour que cela change vraiment. Des actions de prévention dans les établissements scolaires doivent être mises en place pour travailler sur les stéréotypes de genre et l’égalité femme/homme.

Le Grenelle contre les violences doit être à la hauteur et répondre à l’ampleur du phénomène de
violences que subissent les femmes. On estime à 3,6 milliards d’euros l’enveloppe financière nécessaire pour lutter efficacement contre les violences faites aux femmes. Nous serons vigilant.e.s et mobilisé.e.s pour que ce Grenelle ne reste pas un outil de communication !

  • 25% des femmes âgées de 20 à 69 ans déclarent avoir subi au moins une forme de violence dans l’espace public au cours des 12 derniers mois (soit environ 5 millions de femmes victimes chaque année).
  • 1 femme employée sur 5 à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle
  • 25 enfants tué.e.s dans le cadre de violences au sein du couple parental en 2016. 38 enfants étaient présents sur la scène du féminicide ou au domicile et 88 enfants sont devenus orphelin.e.s suite aux féminicides au sein du couple.
  • 2 jours : c’est la fréquence à laquelle une femme meurt sous les coups de son compagnon ou ex compagnon en moyenne par an. Au 14/10, nous en sommes à 133 féminicides depuis janvier
  • 225 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences conjugales (physiques et/ou
    sexuelles) chaque année.
    - 16 % des femmes ont subi un viol, une tentative de viol ou une agression sexuelle au moins une fois dans leur vie, dans plus de 60% des cas quand elles étaient mineures.
    - 9% déclarent avoir été victimes d’inceste.
    - 96% des personnes condamnées pour violences sur leur partenaire ou ex sont
    des hommes.

Il n’existe pas de profils types d’auteurs de violences ! Les violences contre les femmes sont commises majoritairement par des hommes de toutes professions, origines, classes sociales.
Les violences envers les femmes ne sont ni accidentelles, ni isolées, mais un PHÉNOMÈNE SOCIAL aux conséquences sanitaires, économiques et sociales graves.

Le 23 novembre 2019
À 14h place Bellecour
Code couleur violet et/ou blanc

Happening des femmes en blanc de Filactions à 14h

Départ de la manifestation à 15h

Présence d’interprètes en langue des signes

A l’appel du Collectif Droits des Femmes
Liste des signataires : Planning Familial 69, Filactions, OLF 69, Collectif Metoo Lyon, Cabiria,Fédération du Rhône de la Ligue des Droits de l’Homme, Lesbian and
Gay Pride de Lyon, Frisse, UD CGT 69, Solidaires 69, Solidaires Étudiant-e-s, Sud
Éducation 69, Sud Santé Sociaux, FSU 69, CFDT LYON Rhône, Ensemble, Groupe Graine d’Anar de la Fédération AnarchisteNPAPS du Rhône, Union Communiste Libertaire, Parti de Gauche, PCF

FACHOS PARTOUT ? ANARS NULLE PART ?

LIEN PERMANENT : HTTPS://MONDE-LIBERTAIRE.NET/INDEX.PHP?ARTICLEN=4337

ARTICLE EXTRAIT DU MONDE LIBERTAIRE N°1810 D’OCTOBRE 2019

 

Depuis quelques années il semblerait que l’extrême droite soit de retour partout dans le monde. En Europe : la Hongrie, la Pologne, la Russie ont à leur tête des dirigeants ultra nationalistes et en Italie c’est Salvini le ministre de l’Intérieur (c’était, exit du gouvernement le leader de la Ligue mais son pouvoir de nuisance reste énorme. NLDR). En Allemagne, l’AFD (Alternative pour l’Allemagne) fait de meilleurs scores à chaque élection, de même pour le RN (Rassemblement national) en France. Même en Espagne, qu’on pensait jusqu’alors épargnée, le parti Vox (des nostalgiques de Franco) est entré au parlement avec 10,26 % des voix. En Grèce, malgré une quasi disparition du parti nazi Aube Dorée, le nouveau gouvernement de droite de Mitsotakis s’attaque au quartier anarchiste d’Exarchia, tentant d’expulser les squats depuis début septembre, avec des flics arborant des emblèmes fascistes. De l’autre côté de l’Atlantique c’est Trump et Bolsonaro qui sont arrivés au pouvoir. L’Asie n’est pas en reste non plus, avec l’Inde qui est dirigé par un nationaliste et la Chine avec son totalitarisme (et son fameux crédit social) de plus en plus fort. J’en oublie sans doute certains (notamment au Moyen-Orient ou c’est pas joli joli, à part la résistance kurde), mais si on veut garder le moral, vaut sans doute mieux !

Bref, ça pue de plus en plus, et même si en France le gouvernement n’est pas d’extrême droite, nous avons pu assister ces dernières années à un glissement du spectre politique vers la droite, avec des thèmes de campagne s’axant principalement autour de l’immigration et de la sécurité (et encore plus après les attentats qui ont touché la France) chers au RN. Sans compter les différentes lois pondues par les derniers gouvernements (Sarkozy, Hollande et maintenant Macron) qui sont de plus en plus répressives, spécifiquement par rapport aux manifestations ou à la surveillance généralisée.

Les agressions fascistes, profitant notamment du mouvement des gilets jaunes, ont aussi augmenté, s’attaquant à tout ce qui ressemblerait à des « gauches », et s’ils ne les trouvaient pas, ils se rabattaient sur les personnes issues de l’immigration, ou considérées comme telles. Ils agissent aussi en dehors de ces manifestations, comme lors de la finale de la CAN à Lyon, où une vingtaine de fascistes ont attaqué une voiture à coups de barre de fer sur la place Bellecour, juste parce qu’il y avait des « sales bougnoules » dedans (d’autres agressions ont eu lieu, ce n’est qu’un exemple). Ils ont pu agir en tout tranquillité, les flics étant apparemment trop occupés à taper les supporters algériens et tout ce qui leur tombait sous la main de l’autre côté du pont dans le quartier de la Guillotière. Mais nous ne reviendrons pas sur la collusion entre fascistes et police ici, un autre texte serait nécessaire.

« Tout d’abord, ils ont gagné la bataille du Net. »

Je vais plutôt m’attarder sur cette montée de l’idéologie fasciste en France (on pourrait aussi parler des royalistes, qui semblent avoir le vent en poupe).

Tout d’abord, ils ont gagné la bataille du Net. Même si un peu de contenu de notre côté arrive, il arrive tard. Eux n’ont pas hésité à investir les réseaux sociaux et YouTube pour leur propagande depuis maintenant 10 ans, touchant ainsi un grand nombre de personnes, notamment ceux doutant des médias « mainstream », représentant un terreau fertile pour y semer leurs idées. Surtout que souvent, ils avancent masqués, comme Alain Soral qui peut avoir l’air, au premier abord, d’un nationaliste lambda. Mais derrière ses analyses, on ressent vite des relents antisémites, jamais clairement dits, à base d’allusions et de critique du sionisme (à part ici où il se lâche un peu trop :https://www.youtube.com/watch?v=ocHSdWXcOek). Petit à petit il capte son auditoire, l’amène à accepter ses thèses (notamment grâce à un travail préalable de Dieudonné, expert en conspirationnisme et confusionnisme). Certains fans de Dieudonné ont été choqués qu’en 2017 il appelle à voter Le Pen : mais vous pensiez quoi en fait ? Soral, son super pote, se réclame national-socialiste (c’est-à-dire nazi), mais à la française comme il dit ! Il n’y a alors pas trop de doutes sur la position politique de Dieudonné, qui n’est plus un humoriste depuis longtemps mais un militant politique.
On pourrait aussi parler du Bastion social (proche de Casapound, mouvement nostalgique de Mussolini en Italie) qui lors d’une interview se définit comme faisant partie du mouvement nationaliste et patriote mais utilisent des totenkopf (un des insignes de la Waffen SS). Cet interview a été donné par « Le média pour tous » de Vincent Lapierre, qui lui aussi n’assume pas clairement sa ligne politique (ils auraient honte d’être des fascistes ?) depuis qu’il fait des reportages sur le mouvement des gilets jaunes (confusionnisme quand tu nous tiens). Mais il était chez Égalité et Réconciliation, le mouvement de Soral, donc peu de doutes subsistent sur son appartenance politique. Tout ce petit monde entretient donc des liens plus ou moins étroits. Un récent reportage sur Génération identitaire a aussi montré qu’ils avaient des liens avec le Bastion social (aujourd’hui dissous). L’Action française (royalistes) se joint aussi à ces derniers pour aller tabasser du « gauche ». La violence étant un pilier de leurs idéologies, rien d’étonnant à ce qu’ils fassent ça ensemble.

« c’est plus faisable dans une vidéo de 50 minutes. »

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LE MONDE LIBERTAIRE N°1811

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Edito :

Le futur au conditionnel

Bonjour à tou.te.s nos lectrices et lecteurs,

A l’heure d’extinction rébellion, de la convention pour le climat, des marches pour le climat, des rapports d’expertise du GIEC, des prises de positions des médias, des intellectuels, des adolescents et des personnalités publiques, le réchauffement est omniprésent. La question climatique s’invite en effet, ou plutôt s’impose, au vu de sa gravité, dans tous les débats. Il est difficile de s’en étonner au vu de l’infinie diversité des enjeux : consommation individuelle, modes de transports, alimentation, modes de productions, science et technologie, tout cela renvoie plus généralement au fait que l’entièreté de notre société a été pensée sur le mode de la production et de la domination de l’homme sur la nature (comme continuation de la domination inter­individuelle comme l’a justement souligné Murray Bookchin).

De ce fait les discours essaiment. Collapsologie et théories de l’effondrement, écologie profonde, écologie radicale, capitalisme vert, communalisme libertaire, tous ces discours envahissent l’espace public (certains plus que d’autres), et l’écologie devient peut­-être LE problème politique de notre époque. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Mais dans cette multiplication de discours sur l’écologie transparaissent les différents discours sociaux, véhiculant tour à tour les appels à l’autoritarisme, les positions eschatologiques, les mythes d’une nature personnifiée, les défenses d’une société capitaliste, le retour aux communes. Il y a donc autant de discours écologistes que de positions politiques. Si l’écologie est un champ de bataille il apparaît alors qu’il est tout aussi important de tirer les bonnes conséquences du diagnostic climatique (désormais indiscuté scientifiquement – si ce n’est par quelques personnes isolées), que de critiquer les mauvaises solutions qui sont apportées. Comment faire entendre alors les positions anarchistes, et peut­on faire émerger une position anarchiste fédérant les militants et sympathisants, et à même d’entraîner les climato­-actifs.

Ce numéro, on s’en doute, n’apporte pas de réponse unique ou définitive à ces questions, mais, nous l’espérons, fertilise un débat qu’il est urgent d’entreprendre, en déplaçant le regard ­ parfois derrière les miroirs ­ et en interrogeant aussi bien nos pratiques individuelles que nos pratiques sociales et collectives.

Bien sûr dans ce numéro vous trouverez également de quoi nourrir vos autres intérêts : lutte contre le féminicide, histoire de l’anarchisme, critique des élections, nouvelles internationales, mutuellisme, comptes­-rendus de lecture. Si le ML a fait peau­-neuve (vous remarquerez les modifications dans la mise en page et l’impression !), le contenu demeure.

Bonne lecture