Vieillir en anarchie

Il y a quelque mois, le groupe Graine d’Anar ouvrait une discussion : quel regard porter sur le vieillissement dans une société anarchiste ? La définition de la vieillesse, l’organisation sociale qu’elle implique, la mise en place individuelle et collective de l’autonomie à tous les âges de la vie sont des questions hautement politiques que les mouvements anarchistes ne peuvent manquer de poser. Deux réunions ont été organisées afin de nourrir la réflexion. Un après-midi public de débats, auquel étaient conviées Delphine, aide-soignante dans un EHPAD, Jacqueline, membre de la communauté des Babayagas de Montreuil et Suzanne Weber, autrice de Avec le temps, publié aux Éditions Libertaires en 2005. Puis un CFA* consacré au vieillissement et à l’autonomie. Aux vues de l’extrême richesse de ces journées de réflexion, nous souhaitions présenter de manière concise et articulée les analyses élaborées collectivement. La perspective anarchiste permet de mieux comprendre la façon dont nous définissons l’avancée en âge, dont nous la valorisons ou non, dont nous l’appréhendons et dont nous nous organisons.

Qu’est-ce que la vieillesse ?

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L’élection est-elle réellement démocratique ?

L’affaire Balkany ou encore la « crise » des Gilets jaunes ont un point commun. La démocratie, sous sa forme actuelle, serait en crise, en ce que les personnes au pouvoir, élues, seraient déconnectées de la réalité, jouissant de privilèges indus et immérités, se permettant de détourner de l’argent ou de promulguer des lois et des taxes sans eux-mêmes en payer le prix. Mais avant même ces deux cas, l’histoire politique française montre de multiples exemples de corruption, de malveillance, et de népotisme. La crise de la démocratie que nous vivons, séparant des élites gouvernantes d’un peuple gouverné, est-elle réellement nouvelle ? Ce qui est en question, aussi bien pour la colère suscitée par les Balkany que pour les Gilets Jaunes, c’est la légitimité de ceux qui se trouvent au pouvoir à gouverner et à représenter les individus qui forment la société française. Or la tension entre démocratie et élection n’est pas nouvelle mais elle est constitutive de notre modèle politique.

Démocratie et élection, la forme du gouvernement représentatif

La démocratie n’a pas toujours fonctionné avec le principe de l’élection. Dans son livre Principes du gouvernement représentatif, Bernard Manin indique Lire la suite

Soigner les symptômes plus que le mal : le Prix Nobel d’économie 2019

Réflexions sur l’économie expérimentale et le prix Nobel de Duflo, Banerjee et Kremer.

 

Tous les ans en Octobre est annoncé le « Prix Nobel » (Prix de la banque de Suède) d’économie. Si, et c’est désormais devenu un classique, il est normal de rappeler que ce prix émane d’un certain point de vue sur l’économie, généralement plutôt libéral, il demeure intéressant de s’intéresser aux lauréats pour observer la tendance de la recherche dans la discipline.

Cette année les lauréats sont Abhijit Banerjee, Esther Duflo et Michael Kremer. Pour les profanes ces noms ne disent peut-être rien, mais pour les économistes ils sont biens connus et ce prix n’est pas une surprise. En effet depuis les années 1990 l’économie connaît ce qu’on a pu appeler un « grand tournant expérimental ». Suite à des décennies d’évolution, avec notamment au début des années 1970 la réfutation de la théorie de l’équilibre général qui avait structuré la discipline pendant un demi-siècle ou encore la tendance des économistes à intégrer toujours plus de variables « réalistes » dans leurs modèles (normes, institutions, structures sociales, etc.), l’économie en tant que discipline a connu une croissance massive des études expérimentales. Cela a commencé avec les études en laboratoire suite à l’import de la psychologie comportementale en économie (ce qu’on a appelé behavioral economics), puis dernièrement avec l’import des processus d’expérimentation de terrain issu de la médecine (la evidence-based medecine). L’idée de ces nouvelles études est simple : à l’aide des procédés statistiques de la médecine expérimentale on peut isoler les résultats spécifiques à l’intervention des expérimentateurs, notamment par la sélection de groupes randomisés (choisis aléatoirement, de façon à neutraliser les différentes variables d’âge, de classe, de genre etc.). Ces méthodes ont été utilisées à grande échelle par Banerjee, Duflo et Kremer en économie expérimentale, notamment dans le champ de l’économie du développement.

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FACHOS PARTOUT ? ANARS NULLE PART ?

LIEN PERMANENT : HTTPS://MONDE-LIBERTAIRE.NET/INDEX.PHP?ARTICLEN=4337

ARTICLE EXTRAIT DU MONDE LIBERTAIRE N°1810 D’OCTOBRE 2019

 

Depuis quelques années il semblerait que l’extrême droite soit de retour partout dans le monde. En Europe : la Hongrie, la Pologne, la Russie ont à leur tête des dirigeants ultra nationalistes et en Italie c’est Salvini le ministre de l’Intérieur (c’était, exit du gouvernement le leader de la Ligue mais son pouvoir de nuisance reste énorme. NLDR). En Allemagne, l’AFD (Alternative pour l’Allemagne) fait de meilleurs scores à chaque élection, de même pour le RN (Rassemblement national) en France. Même en Espagne, qu’on pensait jusqu’alors épargnée, le parti Vox (des nostalgiques de Franco) est entré au parlement avec 10,26 % des voix. En Grèce, malgré une quasi disparition du parti nazi Aube Dorée, le nouveau gouvernement de droite de Mitsotakis s’attaque au quartier anarchiste d’Exarchia, tentant d’expulser les squats depuis début septembre, avec des flics arborant des emblèmes fascistes. De l’autre côté de l’Atlantique c’est Trump et Bolsonaro qui sont arrivés au pouvoir. L’Asie n’est pas en reste non plus, avec l’Inde qui est dirigé par un nationaliste et la Chine avec son totalitarisme (et son fameux crédit social) de plus en plus fort. J’en oublie sans doute certains (notamment au Moyen-Orient ou c’est pas joli joli, à part la résistance kurde), mais si on veut garder le moral, vaut sans doute mieux !

Bref, ça pue de plus en plus, et même si en France le gouvernement n’est pas d’extrême droite, nous avons pu assister ces dernières années à un glissement du spectre politique vers la droite, avec des thèmes de campagne s’axant principalement autour de l’immigration et de la sécurité (et encore plus après les attentats qui ont touché la France) chers au RN. Sans compter les différentes lois pondues par les derniers gouvernements (Sarkozy, Hollande et maintenant Macron) qui sont de plus en plus répressives, spécifiquement par rapport aux manifestations ou à la surveillance généralisée.

Les agressions fascistes, profitant notamment du mouvement des gilets jaunes, ont aussi augmenté, s’attaquant à tout ce qui ressemblerait à des « gauches », et s’ils ne les trouvaient pas, ils se rabattaient sur les personnes issues de l’immigration, ou considérées comme telles. Ils agissent aussi en dehors de ces manifestations, comme lors de la finale de la CAN à Lyon, où une vingtaine de fascistes ont attaqué une voiture à coups de barre de fer sur la place Bellecour, juste parce qu’il y avait des « sales bougnoules » dedans (d’autres agressions ont eu lieu, ce n’est qu’un exemple). Ils ont pu agir en tout tranquillité, les flics étant apparemment trop occupés à taper les supporters algériens et tout ce qui leur tombait sous la main de l’autre côté du pont dans le quartier de la Guillotière. Mais nous ne reviendrons pas sur la collusion entre fascistes et police ici, un autre texte serait nécessaire.

« Tout d’abord, ils ont gagné la bataille du Net. »

Je vais plutôt m’attarder sur cette montée de l’idéologie fasciste en France (on pourrait aussi parler des royalistes, qui semblent avoir le vent en poupe).

Tout d’abord, ils ont gagné la bataille du Net. Même si un peu de contenu de notre côté arrive, il arrive tard. Eux n’ont pas hésité à investir les réseaux sociaux et YouTube pour leur propagande depuis maintenant 10 ans, touchant ainsi un grand nombre de personnes, notamment ceux doutant des médias « mainstream », représentant un terreau fertile pour y semer leurs idées. Surtout que souvent, ils avancent masqués, comme Alain Soral qui peut avoir l’air, au premier abord, d’un nationaliste lambda. Mais derrière ses analyses, on ressent vite des relents antisémites, jamais clairement dits, à base d’allusions et de critique du sionisme (à part ici où il se lâche un peu trop :https://www.youtube.com/watch?v=ocHSdWXcOek). Petit à petit il capte son auditoire, l’amène à accepter ses thèses (notamment grâce à un travail préalable de Dieudonné, expert en conspirationnisme et confusionnisme). Certains fans de Dieudonné ont été choqués qu’en 2017 il appelle à voter Le Pen : mais vous pensiez quoi en fait ? Soral, son super pote, se réclame national-socialiste (c’est-à-dire nazi), mais à la française comme il dit ! Il n’y a alors pas trop de doutes sur la position politique de Dieudonné, qui n’est plus un humoriste depuis longtemps mais un militant politique.
On pourrait aussi parler du Bastion social (proche de Casapound, mouvement nostalgique de Mussolini en Italie) qui lors d’une interview se définit comme faisant partie du mouvement nationaliste et patriote mais utilisent des totenkopf (un des insignes de la Waffen SS). Cet interview a été donné par « Le média pour tous » de Vincent Lapierre, qui lui aussi n’assume pas clairement sa ligne politique (ils auraient honte d’être des fascistes ?) depuis qu’il fait des reportages sur le mouvement des gilets jaunes (confusionnisme quand tu nous tiens). Mais il était chez Égalité et Réconciliation, le mouvement de Soral, donc peu de doutes subsistent sur son appartenance politique. Tout ce petit monde entretient donc des liens plus ou moins étroits. Un récent reportage sur Génération identitaire a aussi montré qu’ils avaient des liens avec le Bastion social (aujourd’hui dissous). L’Action française (royalistes) se joint aussi à ces derniers pour aller tabasser du « gauche ». La violence étant un pilier de leurs idéologies, rien d’étonnant à ce qu’ils fassent ça ensemble.

« c’est plus faisable dans une vidéo de 50 minutes. »

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LE MONDE LIBERTAIRE N°1811

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Edito :

Le futur au conditionnel

Bonjour à tou.te.s nos lectrices et lecteurs,

A l’heure d’extinction rébellion, de la convention pour le climat, des marches pour le climat, des rapports d’expertise du GIEC, des prises de positions des médias, des intellectuels, des adolescents et des personnalités publiques, le réchauffement est omniprésent. La question climatique s’invite en effet, ou plutôt s’impose, au vu de sa gravité, dans tous les débats. Il est difficile de s’en étonner au vu de l’infinie diversité des enjeux : consommation individuelle, modes de transports, alimentation, modes de productions, science et technologie, tout cela renvoie plus généralement au fait que l’entièreté de notre société a été pensée sur le mode de la production et de la domination de l’homme sur la nature (comme continuation de la domination inter­individuelle comme l’a justement souligné Murray Bookchin).

De ce fait les discours essaiment. Collapsologie et théories de l’effondrement, écologie profonde, écologie radicale, capitalisme vert, communalisme libertaire, tous ces discours envahissent l’espace public (certains plus que d’autres), et l’écologie devient peut­-être LE problème politique de notre époque. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Mais dans cette multiplication de discours sur l’écologie transparaissent les différents discours sociaux, véhiculant tour à tour les appels à l’autoritarisme, les positions eschatologiques, les mythes d’une nature personnifiée, les défenses d’une société capitaliste, le retour aux communes. Il y a donc autant de discours écologistes que de positions politiques. Si l’écologie est un champ de bataille il apparaît alors qu’il est tout aussi important de tirer les bonnes conséquences du diagnostic climatique (désormais indiscuté scientifiquement – si ce n’est par quelques personnes isolées), que de critiquer les mauvaises solutions qui sont apportées. Comment faire entendre alors les positions anarchistes, et peut­on faire émerger une position anarchiste fédérant les militants et sympathisants, et à même d’entraîner les climato­-actifs.

Ce numéro, on s’en doute, n’apporte pas de réponse unique ou définitive à ces questions, mais, nous l’espérons, fertilise un débat qu’il est urgent d’entreprendre, en déplaçant le regard ­ parfois derrière les miroirs ­ et en interrogeant aussi bien nos pratiques individuelles que nos pratiques sociales et collectives.

Bien sûr dans ce numéro vous trouverez également de quoi nourrir vos autres intérêts : lutte contre le féminicide, histoire de l’anarchisme, critique des élections, nouvelles internationales, mutuellisme, comptes­-rendus de lecture. Si le ML a fait peau­-neuve (vous remarquerez les modifications dans la mise en page et l’impression !), le contenu demeure.

Bonne lecture

 

 

LE MONDE LIBERTAIRE N°1810

ML_1810

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Edito :

LA CONTAGION !

En préparant ce numéro, c’est bien ce mot qui s’est imposé, et très rapidement. Une contagion se produit sous nos yeux, et sur plusieurs dimensions. Année après année, pays après pays, c’est en toute légalité pour l’instant encore, que tombent les barrières, que s’effacent les lignes rouges, laissant la place à un brun toujours plus sombre.

Une forme de contagion se répand tant en France, qu’en Europe et sur d’autres continents. Le fond de l’air est brun. Son odeur peut tour à tour être celle de la sueur rance des brutes qui tabassent dans les impasses, les squats, ou les manifestations, sous le regard absent de la police. Ou l’odeur, étouffante celle-là, que le déodorant des juges laisse échapper lorsqu’ils protègent ces brutes et poursuivent les antifas d’ici et d’ailleurs d’une haine féroce.

La police, on l’a vu depuis novembre dernier, n’a plus guère de limite dans l’usage de la violence. Une femme morte, des manifestants éborgnés, amputés, blessés, enfermés. Un pouvoir d’un cynisme absolu qui assume froidement sa violence allant jusqu’à distribuer des médailles.Les législateurs s’emballent également et votent toujours plus de lois liberticides dont on ne voit plus la limite, dissolvant la frontière entre le droit et l’exception. A leur initiative, c’est à chaque instant, que des intelligences artificielles dotées d’une mémoire infinie et d’une attention sans faille traquent nos téléphones et nos ordinateurs. Alors que ses machines préparent nos « fiches », tranquillement, l’État assume d’enlever le masque, montre son vrai visage…

Quant à la classe politique, il apparaît que l’infecte martingale inventée par François Mitterrand s’est emballée. La famille Le Pen, l’adversaire idéal car frappé d’interdit, « qui jamais ne pourra l’emporter », ne cesse de progresser ; chaque nouvelle réforme anti-sociale lui fait gravir une nouvellemarchedu perron del’Élisée.
Enfin, l’on s’aperçoit qu’alors que le brun s’installe à bas bruit au sein de l’État régalien, le patronat se prépare à changer de cheval le moment venu.
Préparons-nous à ce mouvement qui n’attend qu’un bulletin de trop.

L’Europe quant à elle, est le lieu de la pandémie. Inutile d’égrener une liste que chaque élection allonge un peu plus. Si l’on excepte la pantalonnade italienne d’une extrême-droite temporairement ligotée par son propre « leader » Matteo Salvini, le brun se répand et toujours plus foncé.
Alors… alors les anarchistes sont toujours sur ces fronts. En Suède, c’est Tess Asplund (notre couverture) qui le 1 er mai 201 6, poing levé, seule, a fait face à un cortège de 300 néonazis – chaque personne compte !

En Grèce, après avoir gagné le combat contre Aube dorée, nos compagnes et compagnons s’organisent
pour défendre maintenant le quartier d’Exarchia. En France, alors que le collectifLaHordemetànu lesréseaux de l’extrême-droite, le temps semble venu d’être unis, poing levé, face aux idées, aux lois et aux brutes nauséabondes, d’où qu’elles viennent. Le temps aussi est venu d’accélérer la mise en œuvre de nos idées pour convaincre toujours plus une population qui se cherche, qui nous attend, en quête de nouveaux horizons, et sinon… d’un sauveur.